EN GÉNÉRAL
portés. Ce n'est pas qu'il eût grande foi au succès probable d'une réforme du théâtre moderne, et sans blâmer la bonne intention de ceux qui voulaient bien consacrer leurs efforts à la réussite problématique de cette œuvre, il pensait qu'en général le charme des sens est un mauvais introducteur des sentiments vertueux \ Saint Charles Borromée, dont la charitable condescendance s'était prêtée pour un peu de temps au dessein de corriger la comédie, en avait perdu bientôt l'espérance ; et toutes les tentatives faites dans le même sens jusqu'à nos jours sont demeurées infructueuses. Mais enfin, il y a des degrés dans le mal comme dans le bien; et ce serait déjà beaucoup que d'avoir réussi à diminuer un péril qu'on ne peut éloigner entièrement. Je voudrais pouvoir dire pour l'honneur des lettres françaises que le théâtre contemporain ne mérite pas les reproches qu'ont articulés à de si longs intervalles TertuHien, Bossuet et Rousseau ; mais il suffit de parcourir la plupart des pièces qui ont paru depuis trente ans, pour être en droit de dire que, dans aucun temps ni dans aucun pays, la scène n'est arrivée à un tel degré de dévergondage. C'est la réhabilitation du vice et de l'infamie sous des formes qui n'ont pas même le talent pour excuse ; et l'on ne sait ce qui doit étonner davantage, des auteurs qui se permettent d'écrire de telles pages à la face d'un pays chrétien, ou du public qui les tolère. S'il fallait en croire ces faiseurs de drames, la vertu se serait réfugiée parmi ceux qui font profession ouverte de ne plus en avoir; et pour échapper au ridicule dont ils couvrent l'honnêteté, trop prosaïque selon eux, il faudrait emprunter au vice son langage et ses habi-