‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 123 sur 234 · De Idul., XII · texte numérisé non relu

De Idul., XII

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si, dans l'espèci', les prolessions (jue hlàmo Terlullion Ibnt partie des clioses dont Dieu demande le sacrifice. Dans l'ardeur qu'il nid à défendre son o[)iiiioii. le prt'lrc de Cartilage abuse des maximes évanfj;éliques jusqu'à en forcer le sens. En déclarant lieureux les pauvres selon l'esprit, le Sauveur voulait parler du détachemcnl des biens terrestres, qui peut se trouver dans la ricbesse non moins (pie dans l'indigence. Quand il exhortait les disciples à chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice, il n'entendait nullement par là qu'on ne dût pas demander à un travail légitime le moyen de s'habiller et de se nourrir. De même, ce n'est pas à tous indistinctement (pi'il a donné ce conseil de perfection: Vendez vos biens et distribuez-en l'argent aux pauvres. Tertullien prend ici le conseil évangélique pour le précepte, comme il confondait tout à l'heure la coopération matérielle au péché d'autrui avec la coopération formelle. Je ne voudrais pas me montrer tro]) rigoureux envers ce grand écrivain : rien n'est plus facile cpie de trouver en sa faveur des circonstances atténuantes dans les ardeurs de la polémique et dans la nécessité d'inculquer avec force aux chrétiens de son temps la loi du détachement; mais lorsqu'on réfléchit aux excès où il s'est vu entraîné plus tard, on ne peut qu'en chercher la source dans cette tendance à vouloir exagérer la règle des mœurs. L'auteur du Traité de Vidolâtrie garde plus de réserve dans le jugement qu'il porte sur d'autres professions (]ui ont un lien moral avec le polythéisme. C'est ainsi qu'il proscrit avec raison, comme indigne d'un chrétien, la magie et l'astrologie, quoiqu'il ne les distingue pas sutlisamment de l'astroiioinie et des iiiatli(''iii;iti((iies '. 11 ne s'éloigne pas non plus J. Dr Iilol.,x\.

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de la vérité lorsqu'il examine si un fidèle peut licitement remplir au milieu des païens les fonctions de maître d'école ou de professeur de belles-lettres. Pour apprécier à sa juste valeur la solution qu'il donne, il ne faut point perdre de vue que les principes de la morale, bien qu'invariables de leur nature, peuvent néanmoins recevoir dans la pratique des applications diverses, suivant les circonstances de lieu, de temps et de personne. Ainsi, nul ne saurait être tenté de vouloir chercher une participation quelconque à l'idolâtrie dans le fait d'un professeur qui, de nos jours, expliquerait à ses élèves la mythologie. Mais il n'en éfait pas de même au deuxième siècle, époque où l'on se trouvait en plein paganisme. N'étaitce pas favoriser les erreurs régnantes, que de former l'esprit de la jeunesse à la connaissance et au goût de ces choses, en déroulant devant elle toute la généalogie des dieux avec leurs fables et leurs aventures I Remarquez bien qu'il n'eût pas été permis à un maître chrétien de réfuter dans une école publique les doctrines que sa charge l'obligeait à exposer : autant valait pour lui se retirer de suite. Il en résultait que, dans de pareilles conditions, l'enseignement se serait réduit à catéchiser sur les idoles, suivant l'expression de Tertullien. Le moraliste africain a raison d'en conclure qu'un tel emploi répugne au caractère du chrétien. Aussi longtemps que la persécution ne permettait pas d'ouvrir des écoles chrétiennes, les chaires de l'enseignement restaient fermées aux disciples de l'Évangile. A cela on pouvait répondre par une objection assez spécieuse : « S'il est interdit aux serviteurs de Dieu d'enseigner les belles- lettres, il leur est donc défendu également de les apprendre ? Mais alors comment se formera-t-on à la sagesse humaine ? Gomment saura-t-on penser et agir.

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puisqiio la littérature est la clef de toute la vie? Comment répudier U-s études profanes, sans lesquelles il n'y a plus d'études reli^Meuses^ ? » La réplifjiie de TertuUieii est plus sai'c que la fougue de son caractère ne donnerait lieu de l'espérer. Apprendre et enseigner, dit-il, sont choses bien différentes. Il ne vous est pas permis de professer la littérature païenne, parce que vous propageriez des doctrines dangereuses pour vos auditeurs; mais rien ne vous empêche de fréquenter les écoles publiques pour vous initier à la connaissance de ces erreurs, contre lesquelles voire foi vous offre une garantie suffisante. Vous vous trouvez par là dans le cas d'un homme qui prend de la main d'un ignorant un poison qu'il se garde bien d'avaler. Si le prêtre de Carthage ne s'était jamais départi de cette ligne de conduite aussi ferme que modérée, nous n'aurions pas à regretter les taches f[ui ont terni sa mémoire.

Déjà, Messieurs, vous pouvez vous faire une idée exacte du genre de questions (jui naissaient des rapports nécessaires ou accidentels de l'Église avec la société païenne. Parmi ces cas de conscience il s'en trouvait de forts délicats, qui étaient susceptibles de recevoir des solutions différentes, selon qu'on inclinait davantage vers Tindulgence ou vers la sévérité. A la distance où nous sommes des événements, il serait quelquefois téméraire de vouloir décider de quel côté se trouvait l'exacte mesure des choses. Aussi n'est-ce qu'avec une extrême résen-e que l'on doit procéder dans l'appréciation des controverses morales des deuxième et troisième siècles. Tel acte qui nous semble parfaitement licite pouvait avoir avec le polythéisme une relation qui nous échappe et qui le faisait

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