Di- Comna mil., xi
Après avoir traité incidemment la question de la milice, le prêtre de Carthage revient au sujet principal de son ouvrage. Vous vous étonneriez sans doute qu'un esprit si fertile en ressources n'eût pas songé à tirer parti de la couronne d'épines du Sauveur, comme d'un contraste éclatant avec les couronnes de fleurs ou d'or dont il blâmait l'usage. Tertullien semble avoir voulu réserver pour la fin un argument qu'il jugeait bien propre à frapper l'imagination de ses lecteurs. Il y a dans le rapprochement qu'il établit à cet effet un ton d'ironie amère qui lui est familier; mais, comme de coutume, il néglige Tesprit de ces grandes choses de la foi et l'enseignement moral qu'elles renferment, pour s'attacher de préférence à leur côté extérieur et matériel.
« Quelle couronne, je vous le demande, Jésus-Christ a-t-il portée pour l'un et l'autre sexe? Une couronne, j'imagine, formée d'épines et de chardons, pour figurer les péchés que la terre de la chair nous avait produits, mais qu'a enlevés la vertu de la croix, émoussant jusqu'au dernier aiguillon de la mort par les souffrances qui ont torturé la tête du Seigneur. Assurément, outre ce qu'elle signifie, elle laisse assez voir l'outrage, la honte, le déshonneur et la barbarie qui, tressés ensemble, ont souillé et déchiré les tempes du Seigneur. Ya maintenant te couronner de laurier, de myrte, d'olivier ou de quelque autre feuillage célèbre, ou, ce qui est encore plus en usage, de roses à cent feuilles cueillies dans le jardin de Midas. Ajoute des lis de chaque espèce, des violettes de toute nuance, peut-être même des perles et de l'or, afin dïmiter aussi cette couronne du Christ, qui lui échut dans la suite, car « apr^s le fiel il goûta au rayon de miel », et il ne fut salué roi de gloire par la eonr réleste (]uo lorsqu'il eut- été
268 i.v cocnoNM-: nr soidat.
altarlu' iiiiHuiiiiiiciisciiH'iit à la ci'oix coniiiit roi des Juifs, « «l'abord abaissé pour u»i momont par son Père au-dessous « dos Anyes, puis couronné de gloire et d'iionneur ». Si pour tous ces bienfaits tu lui dois ta tête, rends-la lui. si lu peux, telle qu'il a siierilii- la sienne pr(>|)re pour la ticmie. Du moins, ne te couronne pas de fleurs, si tu n'oses te couronner d'épines: car pour des ileurs. lu ne le peux pas. Conserve à Dieu sa chose intacte. A lui de la couronner, s'il le veut K »
Le livre de la Couronne du soldai est un de ceux où le talent de Tertullien éclate davantap^e. .le n'en connais pas oîj le crayon de ce <;rand artiste ait dessiné son sujet en traits plus vifs ni plus énergiques. Il fallait toutes les ressources d'une imagination jinissante pour trouver dans un mince détail de quoi alimenter jusqu'au bout une discussion palpitante de vie et d'intérêt. Puis, quelle dépense d'esprit! quelle verve étincelante! quel coloris et quelle vigueur dans ce style où la passion éclate sons l'idée (prclle pousse connue un Ilot d'images, ou fait jaillir en traits de feu ! Toutefois, Messieurs, une qualité nouvelle vient de se révéler à nous, ou pour mieux dire un défaut, c'est Fart dangereux (jue possède Tertullien de manier le sophisme en lui prêtant les apparences de la vérité. Il n'y a pas jusqu'à son ton dogmatique et tranchant qui ne contribue à faire illusion sur la faiblesse de quelques-unes de ses preuves. Il étonne, lors même qu'il ne convainc pas, tant il y a de hauteur dans ses affirmations. Ce n'est déjà plus ce calme et cette sécurité d'une intelligence qui se repose dans la certitude de la vérité. On sent l'agita-