‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 142 sur 234 · De Corona mil., xiv. xv · texte numérisé non relu

De Corona mil., xiv. xv

tion llévreuso d'une ànio on liitto avec elle-même. Un esprit sombre et farouche, qui n'est pas celui de l'Évangile, circule dans les pages que nous venons de parcourir. L'auteur veut rompre violemment avec tout ce (|ui s'appelle vie civile, société politique, biens terrestres : il voit les pompes de Satan et ses œuvres dans les choses les phis indifférentes. Autrefois il avait démontré aux païens (pie les disciples de l'Évangile sont les meilleurs citoyens et les soldats les plus fidèles ; aujourd'hui il ne veut plus entendre parler ni de serment de fidélité, ni de service militaire, ni de fonctions publiques : tout cela lui parait incompatible avec les devoirs de la vie chrétienne. Yieimen t. ensuile les gros mots, les épithètes insultantes jetées à la face des adversaires, le ton du libelle et du pamphlet, tous ces symptômes ordinaires de la surexcitation d'un homme qui commence à se fâcher. Évidemment, à l'époque oîi Tertullien commença son traité sur la Couronne du soldat, un changement s'était opéré dans son esprit. Sans doute, nous devrons lattribu. r tout d'abord au développement des germes funestes ([ue nous avions observés dès l'origine dans cette nature plus ardente que mesurée. Mais il est rare que des circonstances extérieures ne viennent pas hâter ces moments de crise, et déterminer ces ruptures violentes avec le passé. Eh bien, quels sont les faits contemporains qui avaient pu exercer une telle inlluence sur l'esprit de Tertullien? Dans quel milieu d'idées ou d'opinions courantes s'était-il laissé entraîner? C'est ce que nous verrons la prochaine fois.

QUATORZIEME LECOX

Lp uiontiiuisiiic; son histoire el ses iloctriues. — Caractère Ue ce irjoiiveuieut. — Fliysionomie de Alontan. — La secte phrygienne place la proph(''tie on l'inspiration particulière au-dessus de l'enseifrnenient de l'Église. — Première apparition de rilluniinisme dans les siècles chrétiens. — Explication de ce phénomène. — L'idée de l'Église dans l'esprit i\f?' disciples de Montan. — Faux mysticisme. — Ascétisme antisocial. — Opposition et analogie avec la gnose. — Développement logique du système. — Points de conlactavecle rigorisme deTertullien et les principes des nouveaux sectaires. — Sans ilen innover dans le dogme, le pi-ètre de (larlhage veut réformer la discipline. — 11 cherche la base de ses réformes dans des révélations nouvelles. — L'esprit montaniste dans l'opuscide sur la Fuite pendant la persécution. — Théorie fataliste des faux mystiques. — Kn voulant interdire aux chrétiens toute mesure de prudence humaine, Tertullieu tombe dans la déclamation, et réduit l'homme à un état de pure passivité. — Confusion de la simple permission divine avec la volonté de Dieu positive ft directe. — Qualités et défauts de cette pièce.

Messieurs,

Kn parcourant le traité sur la Couronne du soldat, nous avons sij^naié certains symptômes d'un changement d'idées (|ui s'était opéré dans l'esprit de Tertullien. Le livre de Vldohitrie nous avait bien fait [u'essentir à (piels danjïers le prêtre de Cartliaiic allait se Ironvei rxposé ])ar suite de son penchant à vouloir exagérer la règle des mœurs: mais l'opuscule que je viens de nonmiei' nous le montre déjà engagé plus avant dans cette voie périlleuse. Ce qui frappe surtout, lorsqu'on lit ces pages, d'ailleurs si pleines de vie et d'éloquence, ce

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