DERNIERS TRAVAUX DE TEUTULLIEN
zMo mal ('•claire do ses défenseurs tend à compromettre. Aussi, pour démasquer leur jeu, faut-il s'attacher, comme le prêtre de Carthaj^e, A découvrir dans ces nouveaux scorpions ce que le proverbe appelle venemim in cauda. Alors le voile tombe et le visage de ces faux conseillers se montre à découvert. En dégageant leurs discours des apprêts d'une rhétorique étudiée, il devient facile de pénétrer leur conduite et de saisir la pensée qui les guide. Toutes les époques ont vu naître de ces sauveurs de l'Église qui s'attribuent la mission de la défendre contre elle et malgré elle, et la nôtre n'est pas la moins fertile en apparitions de ce genre. Au deuxième siècle, les détracteurs du martyre versaient des larmes de componction sur le sort de tant de chrétiens assez simples et assez crédules pour confesser la foi au prix de leur sang. A quoi bon, disaient-ils, la mort de cette multitude d'innocents ? Dieu pourrait-il se complaire dans de telles hécatombes ? La mort du Christ n'était-elle pas suffisante pour tous?... Cette feinte compassion semblait partir d'une haute idée de la Rédemption et d'un zèle ardent pour la conservation de l'Église; mais, en réalité, les sectaires ne mettaient en jeu la seusibilité humaine que pour arriver à cet amalgame de christianisme et de paganisme qui fait le fond des systèmes gnostiques. Tertullien n'a pas de peine à déjouer cette tactique qui montre à quel point l'hérésie avait altéré dans les sectaires l'esprit de l'Évangile. Ici, ce n'est plus le montaniste recourant au sophisme pour soutenir des théories extrêmes, mais le bon sens et la raison chrétienne qui défendent la vérité par une argumentation aussi brillante que vigoureuse.
Pour remonter au principe qui domine la question et
appuyer son sentiment sur la base d'une autorité divine, l'auteur du Scorpiaque commence par citer les textes de l'Ancien Testament qui condamnent l'idolâtrie comme le plus grand des crimes, ainsi que les terribles châtiments qui frappaient Israël chaque fois qu'il se détournait du Dieu véritable*. Or, interdire l'idolâtrie, c'est ouvrir la porte au martyre; car l'obligation d'obéir au précepte divin implique celle de souifrir tous les maux plutôt que de le transgresser. Il n'y avait rien à répondre à ce raisonnement, dont la justesse est évidente. Aussi les détracteurs du martyre contestaient-ils de préférence l'utilité de cette grande épreuve ; et dans ce but ils cherchaient à tirer parti de l'horreur naturelle que la souffrance nous inspire. TertuUien ne nie pas ce qu'il y a de pénible dans le témoignage du sang, mais il en rapproche les rigueurs salutaires de la médecine qui bannit le mal par des remèdes quelquefois violents. Toujours habile à donner au discours un tour vif et original, il représente le Seigneur sous la ligure d'un médecin homœopathe, qui guérit nos blessures morales par la douleur physique.
« Admirez, dit-il, la sagesse du médecin. Il oppose aux ravages de la maladie des remèdes analogues, lorsque, suivant une méthode en apparence contradictoire, il se sert pour nous soulager de ce qui nous fait souffrir. En effet, il arrête l'inflammation pa*' une inflammation plus forte ; il éteint la chaleur de la fièvre par l'aiguillon de la soif; il diminue le débordement de la bile par des potions amères ; enfin il rappelle par l'incision de la veine le sang qui s'échappe. Et vous, vous croirez devoir accuser Dieu, et encore un Dieu jaloux,