Acta Pcrpetuœ, v
et non un effet de la nature. Héroïsme d'autant plus grand qu'il a l'humilité pour base, d'autant plus pur qu'il se dérobe à la louange en s'effaçant derrière Dieu !
On conçoit, Messieurs, que la nature humaine arrivée à ce degré de perfection surnaturelle soit apte à entrer dans une communication plus intime avec Dieu. Les voiles du monde invisible se déchirent plus facilement devant celui qui n'a d'aspirations que vers les choses célestes. Aussi, loin d'être surpris des dons extraordinaires de la grâce qui devenaient le partage de ces âmes héroïques, je les trouve en harmonie parfaite avec leurs dispositions morales. Nous l'avons dit à propos du montanisme : si les révélations particulières ne peuvent rentrer d'aucune façon dans le dépôt de la révélation générale, ni échapper au jugement de l'Église, il serait aussi injuste et téméraire d'en vouloir nier la possibilité. Plus l'homme se rapproche de Dieu et s'unit à lui par le sacrifice de tout son être, plus il devient propre à recevoir ces lumières surnaturelles qui ne sont point le résultat d'une science humaine. Sans doute, les visions contenues dans les Actes de sainte Perpétue ont quelque chose d'étrange à première vue; mais lorsqu'on les examine de près, elles se présentent dans un rapport de convenance exacte avec la situation de ceux qu'il a plu à Dieu d'en gratifier. En général, la grâce s'adapte à la nature, et la semence divine descend sur l'âme humaine comme dans un sillon tracé à l'avance. Ainsi les premiers chrétiens aimaient à se représenter Jésus-Christ sous les traits d'un pasteur, le chemin du ciel sous la figure biblique de l'échelle de Jacob, et l'ennemi du genre humain sous la forme d'un dragon. C'est au moyen de ces images sensibles, les plus conformes aux habitudes intellectuelles de la jeune néophyte.