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cardinales répond davantage la patience dont TertuUien entreprend de faire l'éloge/nous trouverons, comme l'a établi l'Ange de l'École après l'orateur romain, qu^elle est une partie de la force, dont elle constitue l'élément passif, en ce qu^elle nous fait supporter les peines et les épreuves de cette vie avec une entière] soumission à la volonté 'de Dieu *. C'est également dans ce sens que le moraliste africain entend la vertu qu^il se propose de définir et de louer, bien qu'il en élargisse quelquefois le concept, comme nous le verrons tout à l'heure.
En disant que plusieurs écrivains de l'antiquité profane avaient disserté avec beaucoup de sagesse sur les vertus morales, celles quifont Thonnête homme, je n'ai guère besoin d'ajouter que nul d'entre eux ne s'était élevé à la notion d'une vertu surnaturelle. Partant de l'idée du bien, telle qu'elle est fournie par la conscience humaine, ils l'appliquaient aux différents actes de la vie, suivant les lumières de leur raison propre et avec le secours de l'enseignement traditionnel. Or, non seulement ils ne songeaient pas à chercher au-dessus de la nature humaine un motif quelconque pour pratiquer le bien, mais le plus souvent même ils construisaient la théorie du devoir en dehors de Dieu, abstraction faite du législateur suprême, sans lequel pourtant la loi morale ne serait qu'un mot vide de sens. Nous avons signalé, dans une autre occasion, ce vice radical de la doctrine des Stoïciens et du traité de Of^ciis de Gicéron *. Ce que nous voudrions faire ressortir eu ce moment, c'est la différence
1. s. Thomas, 2» 2««, p. 136. art. 4. Gicéron, de Inventione, lib. Il, «v8p£/a, fortitudo: ÙTropiovT], patientia.
2. S. JvaUu et les apologistes ckrétims au dma>ième sièdt, leçon IV.
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qui t'x.ist(' entre les vertus naturelles, telles (jue les concevait la philosophie païenne, elles vertus surnaturelles que prêche l'Évangile. Le christianisme a siirnaturalisé la moralité humaine dans son principe, qui est la grâce divine, dans son motif qu'il tire de la foi, et dans sa fm qui est la béatitude éternelle. Pour mesurer toute la distance qui sépare les deux doctrines, j'ai dessein de comparer au traité de Tertullien sur la Patience celui de Sénèque sur la Colère. L'analogie des sujets nous permettra d'observer plus facilement l'oppotion des principes.
Certes, s'il est une vertu qui semble peu en harmonie avec le caractère fougueux de Tertullien, c'est la patience. Aussi, avant de commencer, éprouve-t-il le besoin de s'excuser de la témérité qu'il peut y avoir de sa part à vouloir recommander aux autres ce qu'il se reproche de ne point pratiquer lui-même. Il y a dans son exorde un accent d'humilité sincère qui nous reporte aux premières années de sa carrière sacerdotale, alors qu'aucun nuage n'était encore venu troubler la sérénité de sa foi.
« Je le confesse devant le Seigneur notre Dieu, il y a quelque témérité de ma part, pour ne pas dire une sorte d'impudence, à composer un traité sur la patience, moi qui ne saurais en offrir dans ma personne le moindre exemple, puisque je suis un homme dépourvu de tout bien. Il faudrait cependant, lorsqu'on entreprend l'éloge et la démonstration de quelque vertu, commencer par faire voir qu'on la pratique, et donner à l'enseignement l'autorité de la conduite, de peur que les paroles n'aient à rougir si les actions leur font défaut. Plaise à Dieu que cette confusion tourne à mon profit, et (|iie la honte de ne pas observer moi-même ce que je viens
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conseiller aux autres m'apprenne à mieux faire I II est vrai qu'il en est de certains biens comme de certains maux : la grandeur en est telle que nous ne saurions ni acquérir les uns, ni supporter les autres, sans l'opération de la grâce, sans le secours de l'inspiration divine. En effet, ce qui est parfaitement bon doit résider en Dieu, et il n'y a que le possesseur qui puisse le départir dans la mesure qu'il lui plaît. J'aurai du moins la consolation de vous entretenir d'un bien qu'il ne m'est pas donné de goûter, à peu près comme ces malades qui ne peuvent se taire sur les avantages d'une santé qu'ils n'ont pas. Ainsi, infortuné que je suis, toujours brûlant de la fièvre de l'impatience, il faut que je demande par mes soupirs, par mes supplications, par une prière persévérante, la santé de la patience que je ne possède pas, surtout quand je considère, dans la conscience de ma faiblesse, qu'il est difficile à la foi et à la discipline du Seigneur de conserver toute leur vigueur, si elles n'ont pas la patience pour compagne 1. »
C'est donc de la grâce divine que le moraliste chrétien attend le secours nécessaire pour pratiquer la vertu. Dieu est pour lui la source de tout bien, et la sainteté, sous quelque forme qu'elle se produise, est une dérivation de ce principe essentiellement actif : se défier de ses propres forces pour placer en Dieu toute sa confiance, tel est le premier mot de la morale évangélique, dont l'humilité forme ainsi la base principale. Par là, elle diffère radicalement de l'éthique païenne qui, sous prétexte que l'homme se suffit à lui-même, le réduisait aux seules forces de sa volonté. Lisez le long