‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 177 sur 234 · L.V VKRTU CHUÉTIEÎNNE · texte numérisé non relu

L.V VKRTU CHUÉTIEÎNNE

directement dans le genre de la prédication. C'est l'exhortation morale telle que nous l'avions trouvée dans les Pères apostoliques, mais sous une forme plus oratoire. Le prêtre de Cartilage passe en revue les devoirs et les pratiques de la vie chrétienne, qu'il s'efforce d'inculquer aux fidèles avec l'énergie et la sévérité qui lui sont propres. Sans parler des vives lumières que répand sur la situation intérieure de l'Église primitive ce qu'on pourrait appeler les œuvres spirituelles de TertuUien, on peut affirmer que le grand écrivain n'a déployé nulle part ailleurs un talent plus vigoureux ni plus souple. Nous rencontrons là des pages où la poésie du style prête aux élévations de la pensée un éclat merveilleux. L'opuscule qui s'offre à nous tout d'abord dans cet ordre de compositions, c'est le traité de la Patience, qui a servi de modèle aux deux pièces semblables que l'on trouve parmi les ouvrages de saint Cyprien et de saint Augustin K Cet écrit est d'autant plus important pour l'histoire de la théologie morale, qu'il est le premier dans lequel l'éloquence sacrée se soit proposé pour sujet l'analyse détaillée d'une vertu particulière. L'esprit initiateur de TertuUien apparaît à l'entrée de toutes les voies que la science a parcourues depuis lors dans l'Occident chrétien.

Vous n'ignorez pas, Messieurs, que déjà les moralistes païens avaient réduit à (juatre le nombre des vertus cardinales : la'prudence , la justice , la force et la tempérance. Si VÉthique d'Aristote les mêle indifféremment à d'autres vertus plus secondaires, Cicéron les distingue avec autant d'exactitude que de précision ; et la science chrétienne n'a

1. S. Cyprieu, de Bono patientiœ; S. Àilgustiu, de Buno patientiœ.

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pas hésité à s'approprier une division fondée sur la nature même des clioses '. En général, chez les auteurs de l'anticjuité païenne, le devoir est mieux déterminé que la croyance, et leur morale remporte de beaucoup sur It-ur dogmatique. La raison en est toute simple : les idées spéculatives sont moins à la portée de tous que les vérités de l'ordre pratique, et la voix de la conscience s'impose à Thounne avec plus de force et de clarté que le raisonnement. Ainsi, l'idée de Dieu est bien plus défigurée dans la philosophie païenne que la notion de l'honnêteté morale, quoique l'une ne puisse pas se soutenir sans l'autre. Le motif de cette différence est dans la spontanéité avec laquelle nous appliquons à nos actions les idées de bien et de mal, tandis que le travail de la réflexion n'est ni aussi prompt ni aussi sur quand il porte sur les réalités du monde invisible. Ici, les procédés qu'emploie lïntelligence sont loin d'offrir la même simplicité. Certes, il est plus facile de convaincre un enfant de la laideur du mensonge que de lui faire comprendre pourquoi la spiritualité est essentielle à la nature divine. D'autre part, il suffitdelerendre attentif à la voix de sa conscience; de l'autre, il faut le faire passer par une série de déductions au milieu desquelles la raison court risque de s'égarer. On conçoit donc sans peine que la science du devoir ait surpassé chez les sages de l'antiquité leurs connaissances théologiques; et je ne suis pas étonné que, dans son traité des vertus, saint Thomas d'Aquin ait emprunté à Aristote et à Cicéron une partie de sa classification. Si nous cherchons maintenant à laquelle des vertus

i. Aristote, Éthique, liv. II, chap. \u et suiv. — Cicéron, de Invenlione, lib. 11 — Macrobe, Commentaire sur le songe deScipion,\iy. 1. — S. Thomas, 2» 2ae, quest. 47 et suiv.

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