‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 181 sur 234 · LA VERTU CHRÉTIENNE. 3SI · texte numérisé non relu

LA VERTU CHRÉTIENNE. 3SI

restre s'offre à nous comme le type de la perfection. Pour exhorter ses lecteurs à la patience, Tertullien s'empresse de leur rappeler ce divin modèle qui manquait à l'antiquité païenne.

« Comment dépeindre, s'écrie-t-il, cette patience divine que les hommes ont pu autrefois toucher de la main en quelque sorte? Un Dieu consent à naître dans le sein d'une mère; il y attend son heure; une fois né, il veut croître à la façon des hommes ; plus âgé, il ne s'empresse pas de se faire reconnaître, mais ne cherche qu'à s'abaisser lui-même ; il se laisse baptiser par son serviteur, et ne repousse que par la parole les assauts de la tentation... Il ne rejette aucun de ceux qui veulent s'attacher à lui; il ne dédaigne ni la table ni le toit de personne; il ne rebute ni pécheurs, ni publicains. Il ne s'irrite pas même contre la cité qui refuse de le recevoir tandis que ses disciples appellent le feu du ciel sur cette ville insolente. Il guérit les ingrats; il s'abandonne à ceux qui lui dressent des pièges. Bien plus, il garde auprès de lui le traître qui le vendra, et il ne le démasquera point. Regardez-le quand il est livré, quand on l'emmène : c'est une victime qui se laisse conduire à la mort. Il n'ouvre pas plus la bouche qu'un agneau sous la main qui le tond. Lui, qui d'un seul mot aurait pu appeler du ciel une légion d'anges pour le défendre, ne permet pas même à l'épée d'un de ses disciples de le venger. La patience du Seigneur reçoit une blessure dans la personne de Malchus... Merveilleuse égalité d'âme qui ne se dément jamais! Celui qui avait voulu se cacher sous la forme de l'homme ne prend rien de l'impatience humaine. C'est à ce trait surtout, ô Pharisiens, que vous auriez dû reconnaître le Seigneur : jamais homme n'eût

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été capable d ' une telle patience. Tant et de si grands exemples, dont la sublimité sert de texte aux nations pour décrier la foi, sont au contraire "pour nous une raison (pii la confirme; car ceux auxijuels il a été donné de croire voient clairement, par les souflVances du Seigneur comme par ses préceptes, que la patience est la nature de Dieu, l'effet et l'excellence d'une propriété qui lui est inhérente*. »

Un enseignement moral qui peut puiser dans les leçons de la foi de tels motifs laisse loin derrière lui toutes les raisons que peut suggérer la sagesse humaine. Aussi dix-huit siècles ont-ils montré ce que l'exemple d'un Homme-Dieu a d'énergie pour produire dans les âmes la patience et la résignation : l'héroïque constance des mart^TS suffirait à elle seule pour témoigner de cette fécondité merveilleuse. Lisez la vie des Saints : c'est Jésus-Christ qu'ils se proposent pour modèle, comme c'est en lui qu'ils puisent leur force. Un pareil mobile faisait défaut à la philosophie ancienne. Quand l'auteur du traité de la Colère cherche à détruire le vice qu'il combat, il fait valoir des considérations pleines de justesse et propose des remèdes qui ne sont pomt dépourvus d'efficacité. Il faut, dit-il, chercher dans une éducation sage o\ ferme le moyen d'étouffer à sa racine le penchant à l'irascibilité; choisir pour les enfants des précepteurs et des pédagogues d'un caractère doux; se tenir en garde contre les faux rapports et les soupçons téméraires, d'où naissent les colères injustes; ne pas admettre facilement l'idée qu'on a reçu un affront; traiter son àme durement et fuir la mollesse, qui rend l'homme in-itable; excuser l'intention de ceux qui nous

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