LA PRIÈRE CHRÉTIENNE
modifie sa volonté, il n'est pas immuable ; il n'est pas toujours égal et semblable à lui-même ; il tombe comme nous dans le mouvement et dans le temps, et l'infinité lui échappe. La résolution que Dieu avait formée était la meilleure qu'il pût prendre. En se laissant aller à la changer, il fait moins bien ; il se diminue deux fois : en prenant une résolution mauvaise, et en la prenant avec faiblesse. Il faudrait, pour échapper à cette conséquence, supposer que c'est nous au contraire qui améliorons les desseins de Dieu, et qui l'éclairons sur le bien. Toutes ces hypothèses ne peuvent tenir ; on rougit de les exprimer ; on souffre en les entendant. Ce Dieu, en apparence, n'est qu'un ouvrier imparfait dont l'œuvre a besoin à chaque instant d'être réparée, et qui nécessairement la répare mal, s'il écoute toutes nos prières insensées et contradictoires. En vain dira-t-on qu'il ne cède à nos prières que quand elles sont raisonnables ; c'est se payer de mots, car elles ne sont raisonnables que quand elles sont conformes à sa volonté, et cela revient à dire qu'il ne nous écoute jamais. Ainsi Dieu est immuable. Il ne modifie jamais ses desseins, et nos prières ne peuvent le détourner de son ordre. Nous nous trouvons entre deux vérités qui semblent se contredire : l'une, c'est que la prière est pour nous un devoir et un besoin; l'autre, c'est que la prière est inutile, impuissante, impossible \ »
L'auteur que je viens de citer a raison de trouver cette contradiction plus apparente que réelle : car, lorsqu'on se trouve en présence de deux vérités qui semblent se contredire, bon sens et la logique obligent de les admettre l'une et l'autre,
1. M. Jules Simou, la Religion naturelle. Paris, 1857, p, 329 et 330.
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(jnaiid iiit'im- on aurait ilc la princ à les concilier entre elles. Mais il a tort de conclure comme si l'opposition existait en réalité : « Notre prière ne nous t'ait d'autre bien que de nous rapprocher de Dieu par la méditation et par Tamour. L'excellente prière n'est autre chose que l'amour de Dieu. Aimer Dieu, aimer le bien, le vouloir, voilà prier * ? »
On ne saurait dire plus clairement que la prière, envisagée comme demande, est une pure illusion. En vérité, c'est se faire de la Divinité une idée trop grossière, que de la rapetisser à la taille de l'homme par de pareilles imaginations. La prière, telle que les chrétiens la conçoivent, n'a nullement pour résultat de faire succéder en Dieu une résolution à une autre, ni par conséquent d'introduire la moindre modification dans la substance divine. Les choses se passent ainsi dans l'homme, sans cesse occupé à refaire ses œuvres et à remplacer les projets de la veille par ceux du lendemain ; mais Dieu n'est point sujet à ces vicissitudes. Comme il voit de toute éternité que tel homme priera, il veut éternellement aussi l'effet qu'obtiendra cette prière. Cet acte ne modifie donc en rien sa volonté, puisque, sachant d'une science infaillible que l'homme le posera librement, il en détermine la conséquence par un arrêt immuable. Saint Augustin a parfaitement exprimé cette vérité : « Deus cuncta mutabilia incommutabili voluntate disponit ^. » Sans doute il nous est impossible de comprendre comment Dieu peut vouloir par un acte simple et indivisible tout ce qu'il veut, comme il ne nous est pas donné d'expliquer de quelle manière il embrasse, par