Soirées de Saint-Pétersbourg, i^ entrctieu
384 TllAITK DR I.'OKAISON' DOMINICALE.
L'universalité de la prière est, en effet, une preuve irrécusable de sa légitimité. Si l'homme n'a cessé d'affirmer par là sa dépendance de l'Être souverain, c'est qu'il a compris en tout temps et en tout lieu que le refus de cet hommage est une révolte ouverte de l'orgueil contre Dieu. Les sophistes ont beau vouloir ébranler cette croyance générale : retranché dans sa foi, le genre humain les laisse dire et continue de prier.
DIX-XEUYIEME LEÇON
Les sacrements dans leurs rapports avec la vie chrétienne — Traité du Baptême. — Modèle d'une catéchèse. — Application de l'éloquence à la théologie. — .Matière et forme du sacrement de baptême. — L^incompréheusibililé des mystères n'est pas un motif pour les rejeter. — Le credendum quia mirandum. — Rapports de convenance dans les opérations divines. — Effets du rit sacré de l'initiation chrétienne. • — Le sacrement, cause véritable et immédiate de la grâce. — La confirmation met le sceau à la régénération baptismale. — Ministre du baptême. — La hiérarchie dans l'Église d'Afrique au deuxième siècle : les évêques, les prêtres et les diacres. — Le rigorisme de Tertullieu dans son opinion sur le délai du baptême. — La controverse postérieure sur la validité du baptême des hérétiques est en germe dans un passage de cet important traité.
Messieurs,
Dans son traité de VOraison dominicale, Tertullieu avait expliqué la nature de la prière, les qualités qu'elle doit avoir et les effets qui peuvent en résulter. Cette homélie, ainsi que l'opuscule sur la Patience, remontent certainement à l'époque oii le prêtre de Carthage, animé d'un zèle que n'avait encore troublé aucune controverse fâcheuse, partageait son temps entre l'apologie des doctrines chrétiennes et l'instruction des fidèles. On y chercherait vainement la moindre trace de ce rigorisme farouche que nous avons déjà vu poindre dans quelques-unes de ses productions littéraires, et qui va se dessiner bientôt sous la forme d'une opposition violente à
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l'enseignement de TÉglise. Un accent d'humilité sincère, une piété vraie, exempte d'aigreur ou d'amertume, voilà ce qui distingue ces deux pièces, où le sens du surnaturel se manifeste à un si haut degré. Toutefois, le grand moraliste du deuxième siècle ne pouvait pas s'arrêter à ce seul côté de la vie chrétienne; son regard pénétrant allait plonger plus avant dans l'économie delà rédemption. Si la prière est le cri d'une âme qui a le sentiment de sa faiblesse et de sa dépendance, elle n'est pourtant pas l'acte par lequel s'opère en nous l'union intime et permanente avec la divinité. Le christianisme a des mystères plus profonds, des institutions douées d'une vertu supérieure. De même que la vie naturelle est attachée à une série d'actes qui la produisent, l'augmentent, l'entretiennent et la réparent, ainsi en est-il delà vie surnaturelle et divine. Naissance, accroissement de forces, alimentation, guérison, reproduction, tous les grands moments de la vie naturelle reparaissent dans Tordre de la grâce, mais élevés à une hauteur incomparable. Dans l'une de ses Méditations chrétiennes, le plus grand métaphysicien qu'ait produit la France, Malebranche, mettait dans la bouche du Verbe incarné la description de ce plan merveilleux :
« Je donne à l'homme un être tout nouveau par le baptême. Je lui communique mon esprit avec abondance par la confirmation. S'il tombe dans le péché, je le relève par la pénitence. Je le nourris d'une nourriture toute divine par l'eucharistie. Je le délivre de ses infirmités par l'extrêmeonction. Je donne par l'ordre à mon Église des évêques, des prêtres, des ministres pour la conduire en mon nom et par ma puissance. Et j'unis l'homme avec la femme par le lien indissoluble du mariage, pour figurer sans cesse l'amour que
L'INITIATION CHRÉTIENNE. :î87
j'aurai éternellement pour l'Église mon épouse, et afin que les chrétiens me fournissent les matériaux nécessaires à mon dessein, avec une intention d'autant plus pure et plus sainte que l'union du corps est impure et brutale dans les autres hommes ^ »
Cette largeur et cette fécondité du plan divin devaient pénétrer d'admiration l'àme de Tertullien, si propre à sentir les grandes choses et à les exprimer dans un langage plein d'énergie et de majesté. Aussi semble-t-il avoir réservé pour la théorie des sacrements toutes les magnificences de la parole. Comme preuve de cette assertion, je me propose d'étudier avec vous deux catéchèses dont la composition me parait antérieure au troisième siècle, et qui portent, l'une sur le baptême, l'autre sur la pénitence. L'exorde du premier de ces opuscules va nous apprendre à quelle occasion Tertullien le fit paraître et quel genre de lecteurs il cherchait à instruire.
« Heureux sacrement que celui de Teau chrétienne, qui, lavant les souillures contractées dans les ténèbres du passé, nous délivre pour la vie éternelle f Un traité sur cette matière ne sera sans doute pas inutile, soit pour instruire ceux dont l'éducation n'est pas encore formée, soit pour convaincre les fidèles qui, se bornant à croire dans la simplicité du cœur, et sans étudier les raisons de ce qui leur est enseigné, exposent leur foi à des tentations capables d'ébranler leur inexpérience. D'ailleurs, il est arrivé depuis peu qu'une vipère des plus venimeuses de la secte des Caïniens a séduit dans ces contrées un grand nombre de nos frères par le poison de ses doctrines.
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Elle attaque surtout le baptême. Rien, assurément, qui réponde mieux à sa nature : vipères, aspics, serpent royal lui-même, tous les reptiles de cette espèce recherchent d'ordinaire les lieux secs et arides. Pour nous, petits poissons, qui suivons Ji'sus-Christ notre chef, nous naissons dans l'eau, et nous ne saurions trouver le salut hors d'elle. Aussi, Quintilla, monstre hideux, qui n'avait pas même le droit d'enseigner la vérité, a-t-elle trouvé le meilleur secret de donner la mort à ces poissons : elle les enlève à Teau qui les lait vivre *. »
Cette dernière métaphore pourra sembler trop hardie à ceux qui ne sont pas familiers avec le symbolisme chrétien des premiers siècles. L'emblème du poisson, pour désigner le Christ et ses disciples, est un des plus anciens dont nos pères aient fait usage. C'était comme un mot d'ordre ou un signe de reconnaissance pour les fidèles dispersés au milieu des païens. Comme le baptême se conférait le plus souvent par immersion, cette naissance spirituelle dans l'eau faisait naître d'elle-même la comparaison qu'emploie Tertullien. De plus, le Sauveur avait appelé les apôtres des pêcheurs d'hommes, et assimilé l'Égliseàun filet jeté en pleine mer et recueillant des poissons de toute espèce. Enfin, par une coïncidence singulière, les cinq lettres du mot grec qui signifie poisson servent également d'initiales aux cinq termes de cette inscription : Jésus- Christ, Fils de Dieu, Sauveur ^ De là vient que le symbole du poisson apparaît si fréquemment sur les monuments de l'antiquité chrétienne. 11 ne faut donc pas s'étonner qu'en dépei-