I.'IMTFATION CIIHKÏIENNE
rare bonheur d'expression. L'homme, ditTertullien, a perdu, par le péché, l'Esprit-Saint, c'est-à-dire la çfrâce sanctifiante, qu'il recouvre par le baptême. Il serait difficile d'affirmer d'une manière plus positive que le sacrement de la régénération a pour ettet principal d'effacer le péché originel qui, pour la postérité d'Adam, consiste essentiellement dans la privation de la grâce sanctifiante. Quant au mode d'opération, rien n'est plus clair que le sentiment de l'auteur. Le sacrement est la cause véritable et immédiate de la grâce : il opère par lui-même, en vertu de l'institution divine, ou, suivant le langage reçu dans l'École depuis le treizième siècle, ex opère operato. Car, dit Tertullien, les eaux sanctifiées par l'Esprit de Dieu reçoivent à leur tour la vertu sanctifiante * ; c'est au moyen de cette vertu médicinale qui leur vient de Dieu, qu'elles guérissent et purifient l'âme ^. Vous voyez par là combien l'Église primitive était éloignée de l'opinion des protestants, pour qui les sacrements sont de pures cérémonies instituées par Jésus-Christ dans le but de sceller et de confirmer les promesses de la grâce, de soutenir la foi et d'exciter à la piété, ou bien des signes extérieurs qui ne servent qu'à distinguer les fidèles d'avec les infidèles. Non, dit le prêtre de Carthage, c'est l'eau elle-même qui purifie l'âme, non pas en vertu de ses propriétés naturelles, mais par l'efficacité qu'il plaît à Dieu de lui communiquer. Il va même au devant
1. Littéraleinent : « boiveut la vertu sanctifiante, vim sanctificaudi combibunt. » Quoi de plus énergique pour faire comprendre que les sacrements opèrent par une vertu propre et intrinsèque ?
2. « Medicatis aquis — spiritum medentur — aeternam salutem reformant,— delictis inquiuamur, aquis abluimur, etc. » Jamais théologien scolastique ne s'est servi d'expressions plus fortes pour dire que les sacrements produisent 1.1 grâce « ex opère operato >.
398 TRAITk DU BAPTÊME.
d'une objection que l'on dirait empruntée à quelque secte moderne : Si la foi a suffi dans l'Ancien Testament pour le salut, c'est encore elle toute seule qui aujourd'hui produit la justification. « Non, répond le théologien du deuxième siècle, à partir de la passion et de la résurrection du Seigneur, c'est-à-dire depuis la promulgation de la loi évangélique, la Coi ne peut rien sans le baptême. Car la loi du baptême a été imposée, et la forme prescrite. Allez, dit le Seigneur aux apôtres, enseignez les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. A cette loi a été ajoutée la déclaration suivante : Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit-Sainl, il n'entrera pas dans le royaume des cieux. Par cet arrêt, la foi a été astreinte à la nécessité du baptême *. » Ainsi, c'est le sacrement, et non la foi, qu'on doit appeler la cause productive et efficiente de la grâce. Est-ce à dire que la foi ne soit pas chez les adultes une condition indispensable pour recevoir la grâce du sacrement? Évidemment non. Comme Tertullien, tous les théologiens catholiques exigent dans ceux qui en sont capables des dispositions nîorales sans lesquelles le sacrement ne produit pas son effet. Voilà pourquoi l'auteur du Traité sur le baptême exhorte les catéchumènes à se préparer à ce grand acte par la prière, par la mortification de la chair et de l'esprit, par un changement de vie aussi complet que sincère-. Mais quoique nécessaires pour la juslitication du pécheur, ces dispositions ne sont pas la cause productive de la grâce ; elles ne font que préparer le terrain en écartant tout obstacle qui entraverait