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fond. Il est iiicoiiit'slabit'. fil clïï't, (|u<' l'àmc humaine trouve dans la solitude une liberté d'action «-t uni- possession de soimême <iu'elle cherclierail en vain au milieu des agitalionsdu monde. Cette loi psycbolojj;iqne est de tous les temps et de tous les lieux.: et IHvaiiiiile n'a tait (|ue la consacrer eu ramenant l'homme sur lui-même, dans le domaine de la vie intérieure. Puis, lorsqu'on veut apprécier les œuvres de Terlullien à leur juste valeur, il ne faut jamais perdre de vue l'état de la société au milieu de laquelle il ('■crivait. Ce n'était pas une société chrétienne, pouvant offrir à ses membres, même dans son oriianisatiou extérieure, des ressources pour leur perfectionnement relijjfieux et moral. Le monde païen était pour les disciples de l'Évangile une véritable prison: loin d y trouver la moindre facilité pour le bien, ils n'y rencontraient à chaque pas que des entraves à la liberté de leur âme, des devoirs extérieurs qui répugnaient à leur conscience, des scandales qui devenaient autant d'obstacles à leur salut. Dans ce sens, Tertullien avait mille fois raison de dire que le cachot où l'intolérance païenne plongeait ses victimes était pour celles-ci un asile plutôt qu'une prison. Ce n'est pas en rhéteur, mais en vrai moraliste qu'il parlait aux confesseurs de la foi, lorsqu'il ennuierait ainsi les avantages de la situation douloureuse qui leur était faite:
« Là, du moins, vous n'apercevez point les dieux étrangers : vous ne heurtez point leurs images: aux fêtes des • païens, vous ne vous trouvez j>oint mêlés avec eux par le commerce même de la vie: vous n'êtes |)()iiit rév(jllés pai' la fumée impure de leurs sacrilices, ni importunés par les clameurs des spectacles, par l'aspect des scènes sanguinaires ou impudiques qui s'y passent: vos yeux ne tombent plus sur
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les repaires de la débauche publique. Vous êtes à l'abri des scandales, des tentations, des souvenirs mauvais, et même de la persécution. Ce que le désert donnait jadis aux prophètes, la prison Tassure au chrétien. Le Seigneur lui-même cherchait souvent la solitude, pour y prier plus librement et se séparer du monde; c'est dans la solitude qu'il manifesta sa gloire à ses disciples. Laissons de côté ce mot de prison, appelons cela une retraite. Bien que le corps soit enfermé et la chair captive, tout reste ouvert à l'esprit. Oui, circulez librement, marchez en esprit, non pas sous d'épais ombrages ou sous de longs portiques, mais sur le chemin qui conduit à Dieu. Toutes les fois que vous le parcourrez en esprit, vous ne serez plus dans le cachot. La jambe ne sent rien sous le bois qui la brise, quand l'àme est dans le ciel. L'àme conduit avec elle l'homme tout entier, et le transporte où elle veut. « Or, où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Que notre cœur soit donc là oii nous voulons avoir notre trésor^ »
Il y a certainement dans ce beau langage un accent de fermeté stoïque qui rappelle Épictète. Lorsqu'on entend dire à Tertullien que la jambe ne sent rien sous le bois qui la brise, quand l'àme est dans le ciel, on se souvient de l'esclave d'Épaphrodite, répondant tranquillement à son maître : « Je vous avais bien dit que vous me casseriez la jambe. » Mais un trait suffira pour marquer la distance qui sépare le stoïcisme de l'Évangile: « Le corps, dit Tertullien, oublie la souffrance, quand lame est dans le ciel. » C'est en Dieu que le moraliste chrétien cherche pour l'homme le principe de sa force. S'il possède à un haut degré le sens de l'héroïsme, il n'oublie pas