‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 34 sur 234 · Ad Nationes. I. i. c m · texte numérisé non relu

Ad Nationes. I. i. c m

(il LES DFIX LIVRES Al^X NATIONS.

lauL admirer davaiUage chez lui, <lo la gravité sentencieuse de son style, ou des saillies heureuses qui lui échappent à tout moment. Ses discours abondent en traits ingénieux et piquants, si bien «ju'on ne peut s'empêcher de voir un abus de l'esprit dans ces pointes trop multipliées. Tertullien affecte les jeux de mots et ne recule même pas devant ce qu'on appelle vulgairement un calembour \ Mais le genre oii il excelle tout particulièrement est celui qui consiste à saisir les choses par leur côté ridicule : alors il déverse l'ironie à pleines mains, et la plaisanterie devient son arme favorite. Nous verrons plus tard à quel point il a su pousser l'art du persiflage; je ne cherche en ce moment qu'à observer dans leur germe les qualités de ce grand esprit qui se présente à nous sous tant de faces. Ce n'est pas, je le répète, que la vivacité de son imagination nuise à la profondeur de son coup d'œil ni à la fermeté de son style. Tertullien ne s'arrête jamais à la surface du sujet qu'il traite; il le pénètre et le creuse jusqu'à ce qu'il ait résumé sa pensée sous une forme qui l'exprime tout entière. C'est à sa phrase surtout qu'on peut appliquer le mot : non scripta, sed sculpta. De là ce style lapidaire qui lui est propre, ces formules énergiques et concises dans lesquelles il se plaît à ramasser une doctrine ou un raisonnement. Le discours même que nous étudions, bien qu'il ne compte point parmi ses meilleures productions, renferme également plusieurs de ces maximes courtes et substantielles qui se gravent dans la mémoire et qui font de ses écrits un

1. Ainsi, i)ar expmplt\ en parlant rie IVnlèvpment des babines, il dira que Romulus mf-iite en eïïhi d'être appelé le dieu Quirinus, puisqu'il perça de sa lance (quiris) la poitrine de leurs pères. Ad Nationes, 1. n. c. IX. « Quiriuus est, qnia tune parentibus quiritatnm est per illum. »

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véritable répertoire de sentences oîi les orateurs chrétiens ont puisé depuis des siècles. C'est ainsi qu'il peint en quelques mots ce peuple romain toujours occupé à se venger par la satire des maîtres qu'il s'est donnés : « peuple dont l'épée est soumise, dont la langue est toujours en révolte*. » Veutil exprimer la séduction que le sophisme a coutume d'exercer sur l'esprit humain? « L'homme, dira-t-il, est ainsi fait, que celui qui a le mieux parlé passe pour avoir dit la vérité, et non pas celui qui a dit la vérité pour avoir le mieux parlé -. '> Veut-il flétrir d'un trait l'apothéose des empereurs païens ? « Vous souillez le ciel, s'écrie- t-il, quand vous en faites le cimetière de vos rois ^ ! » Quelle peinture du cœur humain dans cette phrase: « Plus vous êtes enclins à faire le mal, plus vous êtes disposés à le croire, et l'on ajoute foi plus volontiers au mal lorsqu'il est faux, qu'au bien lorsqu'il est vrai '" ! » Il n'est pas d'écrivain de l'antiquité profane ou sacrée chez lequel fourmillent davantage les mots heureux, les passages bien frappés, et je comprends que Bossuet ait conseillé au cardinal de Bouillon l'étude des écrits de TertuUien, comme éminemment propre à fournir au discours ces pensées lumineuses et fécondes qui prêtent tant au développement oratoire.

Mais revenons aux deux livres adressés à la gentilité. Après avoir llétri l'iniquité de la procédure dirigée contre les chrétiens, l'apologiste africain fait ressortir tout ce qu'il y a de déraisonnable dans la conduite de leurs adversaires. Tandis

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