I. De Nal. deoruin, i. I. :;. i;. 2I : ii. i
de la mythologie poétique et des superstitions populaires. Après avoir montré que les philosophes, en divinisant les éléments de la nature, n'ont fait qu'entasser erreurs sur erreurs. Tapolof^iste africain s'attache à prouver que les divinités imaginées par les poètes ou ado|)tées par les différents peuples ne méritent pas l'attention d'un esprit sérieux. Ce sont des lionniies qui ont vécu sur la terre à diverses époques de l'histoire, et auxcjuels une vaine complaisance a attribué le caractère de la divinité. Encore ne sont-ce pas les plus vertueux qui ont été jugés dignes de cet honneur, mais on dirait que le paganisme tenait à choisir pour objet de son culte tout ce qu'il y a eu de plus dépravé parmi les mortels. Vous concevez facilement, Messieurs, à quelle sanglante ironie prêtait un pareil thème. ïertullien, que la pente naturelle de son esprit portait vers la satire, trouvait là une ample matière à sa verve railleuse \ C'est pour les dieux spécialement adoptés par les Romains qu'il réserve ses traits les plus mordants. La moitié de son discours est consacrée à la critique des superstitions de la capitale du monde. Gomme il suit pas à pas récrit de Varron, dont le témoignage était irrécusable, nous rencontrons dans cette relation caustique des détails qu'on chercherait vainement ailleurs. On peut juger par cette nomenclature de divinités plus étranges les unes que les autres, à quel degré d'abêtissement était arrivé l'esprit religieux des anciens Romains. Pas d'acte de la vie, de fonction corporelle, pas de maladie même qui n'eût son Dieu ; et ces protecteurs chimériques avaient des noms tels que Gonsevius, Fluvionia, Vituranus, Sentinus, Diéspiter, Candelifera, Prorsai
). Ad Nationes, ii, 7-9.
CRITIQUE DU POLYTHEIS.yt:. 87
Farmus, Albana, Ruiiciiiia, Potiiia, Edula, etc. Il n'est aucun peuple qui ait poussé Papothéose à un plus haut point d'extravagance. « Je ne parlerai pas d'Ascensus, leur disait Tertullien, dieu qui vous aide à monter, ni de Lévicola, qui préside aux pentes, ni de Forculus, sous la protection de qui sont les portes, ni de Gardéa, déesse des gonds, ni de Limentinus, à qui est consacré le seuil, ni enfin de tous ces dieux de portiers. Faut-il s'en étonner, puisque vous avez des divinités pour les prisons et pour les cuisines * ? » C'est donc avec raison que, s'attaquant principalement aux folies du peuplen'oi, le prêtre de Garthage porte la hache dans cette forêt de dieux qui ombrage le vice, pour me servir de son expression. Mais, ici encore, Cicéron avait devancé les premiers écrivains de l'Église; et j'insiste à dessein sur ce rapprochement, parce que dans ces derniers temps on a voulu taxer d'exagération la critique qu'ont faite du polythéisme les apologistes chrétiens. Vous allez voir. Messieurs, si l'auteur du traité Sur la Nature des dieux est moins sévère à cet égard que Tertullien.
« Quelle troupe de dieux, s'écrie Cicéron sous le nom de Cotta ! Il y en a beaucoup, ce me semble. Autant de constellations, autant de divinités selon vous. Vous donnez aux unes des noms de bêtes, par exemple la Chèvre^ le Scorpion, le Taureau, le Lion, à d'autres, des noms de choses inanimées, comme le Navire, l'Autel, la Couronne. Quand on vous passerait cela, pourrait-on, je ne dis pas vous accorder le reste, mais le comprendre? Que si nous appelons le blé Cérès et le vin Bacchus, ce sont des manières de parler établies par