‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 55 sur 234 · I. A 1. 1 B E U i E DE C 0 > S C 1 E N C · texte numérisé non relu

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de violence et de tyrannie, car c'est dire que noire religion est interdite, non parce qu'elle doit l'être, mais parce que vous voulez qu'elle le soit. Si vous la prohibez par la raison qu'elle ne saurait être autorisée, c'est apparemment parce que le mal doit être défendu, comme ce qui est bien doit être permis. Si donc je réussis à prouver que la doctrine proscrite par votre loi est un bien, j'aurai démontré que votre loi n'a pu la frapper d'interdit, comme elle en aurait le droit, si c'était un maP. »

' Ces paroles sont fort importantes lorsqu'on veut déterminer au juste dans quel sens et en vertu de quels principes Tertullien revendiquait pour les chrétiens le libre exercice de leur culte. « Vos lois sont injustes, dit-il aux païens, parce que, n'ayant le droit de frapper que ce qui est mal, elles proscrivent la religion chrétienne qui est un bien, comme nous vous le démontrons par des arguments irréfutables. De même, les chrétiens seraient punissables si vos divinités, qu'ils refusent d'adorer, étaient réellement ce que vous pensez ; mais, comme nous vous prouvons que vos dieux sont de purs hommes et que notre Dieu est le seul véritable, vous n'avez pas le droit de nous condamner ^. » Vous voyez. Messieurs, que Tertullien se fonde sm* la vérité et sur la sainteté du christianisme, pour en demander la libre profession. Il ne dit pas aux païens : Vous êtes obligés à nous tolérer, parce que tout homme a le droit d'enseigner telle doctrine qui lui plaît, fût-elle même fausse ou immorale. C'est précisément le contraire qu'il affirme. Si vos dieux, leur dit-il, étaient en

i. Apolog., IV.

2. Ibid.^ X. « Christiaui punieudi, si quos uon colereut, quia putarent uon esse, coustaret illos deos esse. »

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effet ce (jue vous croyez, et (|iit' la reli^'ion chrétienne, au lieu (l'êd't' un l)ieu, fùl un uial, vos lois aiu'aieut le droit de nous pros?rire, « L'assemblée des chréliens serait à juste titre regardée comme illicite, si elle avait quelque ressemblance avec celles que l'on doit condamner, si on pouvait lui adresser les mêmes reproches qu'aux factions \ » Mais parce (jue nous n'enseignons ni errem* ni vice, vos mesures de répression sont iniques. Bref, c'est de la vérité que Tertullien déduit le droit qu'a la religion de n'être pas entravée dans son développement par les lois civiles. Celte argumentation, que nous avons également rencontrée ch 'z les autres apologistes, n'a donc rien de commun avec un système modems d'après lequel on devrait, toujours et partout, laisser à Terreur le même droit de parler et d'agir qu'à la vérité, sous prétexte que le triomphe de celle-ci n*en est que plus assui*é par celte liberté d'opinions absolue et illimitée.

L'apologiste africain ne s'accorde pas moins avec ses devanciers lorsqu'il réclame pour les chrétiens le bénéfice de ce qu'Alliénagore appelait le droit commun. Du moment que lé système de prohibition si longtemps en vigueur dans l'ancienne Rome eut fait place au libre échange de toutes les divinités du monde, il n'y avait pas de raison, ce semble, pour que le christianisme fût exclu de cette tolérance universelle. G'éiait un deuxième argument que ses défenseurs ne manquaient jamais de produire en sa laveur. Tertullien le présente avec autant de force que de clarté.

« Permettez à l'un d'adorer le vrai Dieu, à l'autre d'adorer Jupiter; à celui-ci de lever ses mains suppliantes vers le ciel,

1. Apobg., XXXIX. « Hœc coitio christiauoruLu rnerilo sane illicita, si illicitis pari merito damnanda, si uou dissimilis dainnandis, »

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