I.K CRIME DE LESE-MAJESTK
athlètes. D'un côté, c'est la foi qui parle avec le calme qu'inspire nn sacrifice accepté d'avance; de l'autre, c'est l'éloquence qui interprète le cri de la loi avec l'enthousiasme qu'excite le souvenir d'un acte héroïque.
« Le 14 des calendes d'août, sous le second consulat de Claudius, à Carthage, métropole de l'Afrique, l'audience tenant, ont été cités par devant les magistrats, et personnellement ajournés, les nommés Spérat, Narzal, Cittin, et les nommées Donata, Yestine et Seconde, lesquels ayant comparu, le proconsul Saturnin a dit : Vous pouvez trouver grâce auprès de nos très augustes empereurs Sévère et Antonin. si vous vous mettez sincèrement en état de rendre à nos dieux l'honneur que vous leur devez... Ne craignez rien, je veux bien vous entendre ; jurez seulement par le génie de notre prince. Spérat a répondu : Je ne connais point le génie de l'empereur; mais je sers mon Dieu qui est le Dieu du ciel, que nul homme n'a jamais vu ni ne peut voir. Je ne suis coupable d'aucun crime; je ne prends point le bien d'autrui; si j'achète quelque chose, j'en paie les droits aux receveurs de l'empereur, parce que je sais que Dieu me l'a donné pour maître ; mais je n'adore que mon Seigneur, qui est le roi des rois et le maître de toutes les nations du monde... Le jour suivant, le proconsul Saturnin s'adressant aux femmes a dit : Ne voulez-vous pas rendre aux princes l'honneur qui leur est dû et sacrifier à nos dieux? Donata a répondu : Nous rendons à l'empereur l'honneur que nous lui devons comme à l'empereur ; mais nous n'offrons qu'à Dieu nos adorations et nos prières... Le proconsul, voyant leur fermeté inébranlable, rendit contre eux cette sentence qui fut enregistrée sur l'heure pième : « Nous ordonnons que Spérat, Narzal, etc., pour
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« avoir confesse' f|u'ils ('taiciit chr(''tif'ns ci avoir refusé de " rendre à l'empereur l'honneur qui lui est dû, aient la tète « tranchée *. )>
Voilà, Messieurs, le crime de lèse-majesté nettement exprimé avec la peine capitale qu"il entraînait de soi. Ce drame peint au vif la lutte telle qu'elle s'engageait entre la conscience chrétienne et l'apothéose impériale devenue la dernière expres- >ion du panthéisme qui faisait le fond des religions païennes. C'est dans le génie de l'empereur ou dans l'État déifié qu'était venue se résumer l'idolâtrie du vieux monde. Voilà pourquoi les magistrats romains employaient cette phrase consacrée, jwrerjîar le génie de rempereur, comme la vraie formule de l'apostasie pour les disciples de l'Évangile. Et, chose merveilleuse, pendant que les proconsuls répétaient sans sourciller une pareille énormité, de pauvres femmes, de simples artisans venaient proclamer devant leur trihunal cette grande doctrine de la distinction des deux pouvoirs, (jue le paganisme avait constamment méconnue et (|ui allait former la base d'une société nouvelle. Cette vérité élémentaire que les plus hautes intelligences n'avaient pas même soupçonnée, des hommes du peuple élevés à l'école de .lésus-Christ se chargeront de la faire triompher par une affa-mation mille fois répétée et scellée de leur sang. En restreignant les droits de l'autorité civile aux choses du temps, ils prépareront l'affranchissement des consciences et travailleront à édifier le monde chrétien sur les ruines de l'État antique, de ce despotisme légal qui réglait ies croyances comme une question de fisc ou de police. Voyons maintenant de quelle manière Tertullien va tracer ce programme de l'avenir en interprétant