‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 73 sur 234 · Ap'jlug., XXXIII · texte numérisé non relu

Ap'jlug., XXXIII

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Quelle majesté dans ce langage ! Comme ces paroles respirent le sentiment de la viaie grandeur I Quel contraste entre cette noble profession de foi et les viles flatteries que prodiguaient les littérateurs païens à un ponvoir^juMls méprisaient d'autant plus (ju'ils semblaient l'exalter davantage! Je ne crois pas, Messieurs, donner un démenti à vos souvenirs classiques en disant (pic jamais l'éloquence profane, dans ses plus beaux monienls, ne s'était élevée à une telle hauteur. Tout à l'heure, je citais un poète pour montrer avec (juel zèle les beaux esprits du temps poussaient les Césars à se diviniser eu\-inénies. Peut-être l'exemple ne vous a-t-il point paru suffisant; car enfin, vous le savez, on pardonne l)eaucoup aux peintres et aux poètes. Eh bien, adressonsnous à un homme d'Etat, à l'un des plus estimables qu'ait produits l'empire, à Pliiie le jeune. La meilleure excuse que l'on puisse alléguer en faveur du panégyrique de Trajan, c'est (ju'il ne fut pas prononcé tel que nous l'avons, et que le prince ne se vit pas condamné à entendre ce tissu de flatteries composé à froid dans le silence du cabinet ^ Du reste, je n'ai pas la moindre envie d'être sévère envers Pline : au sortir de l'ère des Caligula, des Néron, des Domitien. on fconroit qu'un honnête homme ait pu se prendre d'enthousiasme pour Trajan, qui valait bien mieux; et s'il est impossible de ne pas sourire en lisant ces éloges sans mesure, on plaiderait facileiuent les circonstances atténuantes. Ainsi, par exemple, le rhéteur latin a raison de louer ce souverain de

1. Pliue umis appieuil liii-mèuie tlaiis ime de ses lettres (m, 18) qu'il refit plus tard et développa le discours prououcé devaut l'empereur. C'est un exercice de rhétorique daus le goût du temps, auquel il ue faudrait pas attacher plus d'importance que sou auteur.

LE CRIME DE LESE-MAJESTE. Vil

n'avoir. pas voulu passer pour dieu de sou vivant: c'était un progrès notable sur les monstres qui avaient précédé Traj an*. Mais voyez à quel point le vertige peut gagner les meilleures tètes: Pline n'admet pas la divinité de l'empereur vivant ; ce qui ne l'empêche pas d'applaudir à l'apothéose des prhices une fois morts. Il donne la main à Lucain et à tous les littérateurs de l'époque, pour célébrer ces nouveaux dieux. « L'adoption de Trajan, dit-il, était une œuvre tellement divine, que Nerva ne pouvait plus rester sur la terre après l'avoir faite; et il fallait que Tapothéose en consacrât inimé* diatement l'auteur, pour que la postérité mit un jour en ({uestion s'il n'était pas déjà dieu à l'heure où il la fit -. » On ne saurait pousser plus loin l'aberration en matière rcli' gieuse; et vous comprenez sans peine ce qu'il a fallu d'efforts au christianisme pour ramener à une saine appréciation des choses un monde au milieu duquel des esprits sérieux débitaient de pareilles extravagances :

« Vous avez pleuré d'abord votre père, disait Pline à Trajan, comme un fils doit le faire, ensuite vous lui avez élevé des temples sans imiter ceux qui, dans des vues différentes, avaient tenu la même conduite. Tibère dressa des autels à Auguste, mais pour donner lieu à des accusations de lèsemajesté; Néron à Claude, mais par dérision; Titus à Vespasien et Domitien à Titus, mais afin de paraître celui-là le lils, celui-ci le frère d'un dieu. Vous, César, quand vous placez votre père dans le ciel, ce n'est ni pour inquiéter les citoyens, ni pour braver les dieux, ni par vanité : c'est que vous le croyez dieu. L'apothéose perd de son prix, décernée par des

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