Sat. vu, V. 148, (; Nulricola caussidicorum
saicnt les Ix-aux esprits du temps, son laiifrage est fort éloigné de la noble simplicité des écrivains classiques. Le précepteur de Marc-Aurèle ne parvient pas à dissimuler la pauvreté des pensées sous les laborieux apprêts d'un style travaillé avec art. Il cherche à suppléer au manque d'ori^'inalité par des mots ou des tournures étrangères qui trahissent la décadence du goût et de la langue. Cependant le rhéteur de Cirta annonce Tertullien par une sorte de gravité sentencieuse, qu'ont très bien remarquée Sidoine Apollinaire et saint Jérôme, et qui est devenue proverbiale, comme vous le savez, pour désigner la manière de celui que Bossuet aimait à nommer le grave Tertullien \ Mais le représentant le plus complet de la littérature latine en Afrique, à l'époque où le christianisme se prépare à la transformer, c'est Apulée de Madaure, dont la carrière littéraire s'achève au moment même où Tertullien va commencer la sienne.
Ce n'est pas, Messieurs, pour la première fois que nous rencontrons sur notre chemin ce romancier philosophe dont les écrits précèdent immédiatement les plus anciennes productions de réloquence chrétienne à Carthage et dans le reste de l'Afrique. En décrivant les efforts des néo-platoniciens au deuxième siècle pour la restauration du polythéisme, nous avons vu qu'Apulée est du nombre de ceux qui cherchaient à combattre également la superstition et l'incrédulité de leur temps, en prêtant à la mythologie vulgaire un sens plus raisonnable *. Ici, nous n'avons à l'envisager que comme repré-
l.'i Gravitas Frontoni? »,SidoniiisAp. ,Epis(., iv, 3. — SJéTùmp.Epist. XII, ad nusticum.-- « Siccnm dicr-mli genns qnod Frontoui ad?cribLtur >., .Macrobf. Saturn., v, 1.
2. Voyez les Apologistes chrétiens au deuxième siècle, II^vol., leçon XIP.
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sentant de la littérature latine dans cette partie de l'empire romain oii notre sujet nous amène. Formé à l'école des rhéteurs de Home, il en avait rapporté à Cartilage un goût très vif pour cette éloquence déclamatoire alors si fort en vogue dans la capitale du monde. Il suffit de lire ses Florides, qui comprennent divers extraits de mémoires et de discours, pour se faire une idée de ces harangues ampoulées, sans variété et sans naturel, dont Tunique objet était son propre panégyrique ou celui de ses auditeurs. Apulée ne trouve quelques traits d'éloquence véritable que lorsqu'un intérêt sérieux échautie son àme, comme dans V Apologie qu'il fut obligé de présenter au proconsul d'Afrique pour se disculper du reproche de magie : hors de là, ses discours se réduisent à une phraséologie creuse et vide. Non pas qu'il ne déploie par intervalle une imagination féconde, surtout comme romancier : son Ane d'or ou sa Métamorphose nous oifre, dans une série d'aventures grotesques, un tableau malheureusement trop lidèle des folies et des vices de l'époque. Mais ce qui nous intéresse davantage, c'est la langue d'Apulée, parce qu'elle présente beaucoup d'analogie avec le style de Tertullien. L'archaïsme et le néologisme, ces deux symptômes ordinaires d'une littérature en décadence, y apparaissent dans la même proportion. Je n'en conclurai pas précisément à l'existence d'un dialecte latin particulier à l'Afrique, et ce n'est pas sans motif que Niebuhr a repoussé cette hypothèse ^ : la double tendance que je viens de signaler se manifestait depuis longtemps chez les écrivains postérieurs au siècle d'Auguste. Déjà Cicéron avait conseillé de se mettre en garde contre les
1. Niebuhr, Vorlràge ûber romische Geschichte, t. III. p. 233. T. I 2
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expressions transalpines qui menaçaient d'altérer la pureté de l'idiome latin K Quintilien se plaint vivement des mots nouveaux (junne vaine affectation introduisait dans la langue. Il fallait bien que cette manie de faire revivre des locutions surannées fût très répandue, pour que Tacite lui-même eût cédé à lentrainement général. Vin siècle avant Apulée, Pétrone ne craignait pas d'admettre dans ses écrits une foule d'héllénismes ou de mots grecs latinisés. C'est, Messieurs, le propre des époques où la sève littéraire commence à s'épuiser, de porter l'esprit d'invention dans les mots : alors on cherche à obtenir, par des etfets de style, le résultat qu'on ne peut plus attendre de la richesse des pensées. Je comprends que, pour exprimer une nouvelle doctrine, l'éloquence chrétienne ail été réduite à employer des termes peu usités auparavant; mais il n'en était pas de même du polythéisme au deuxième siècle : jamais style plus prétentieux ne fut au service d'une littérature plus pauvre- en idées. Apulée use d'une façon étrange de la liberté (|ue ses prédécesseurs s'étaient permise à cet égard. Non seulement il fouille dans les débris de l'ancienne langue latine pour y reprendre des locutions tombées en désuétude; mais, dans son ardeur à déguiser des pensées vulgaires sous une forme inaccoutumée, il tourmente la langue grecque pour lui faire rendre en latin de vieilles redites ; et, de plus, il s'en vante comme d'une trouvaille précieuse. Il se félicite d'être parvenu, à force de travail et d'étude, à convertir ces emprunts faits à une langue étrangère, en monnaies frappées au coin du génie latin *. Bref, il érige le néologisme