De Spectac., xxx
2, Maximes et réflexions, p. 620, ,i
portés. Ce n'est pas qu'il eût grande foi au succès probable d'une réforme du théâtre moderne, et sans blâmer la bonne intention de ceux qui voulaient bien consacrer leurs efforts à la réussite problématique de cette œuvre, il pensait qu'en général le charme des sens est un mauvais introducteur des sentiments vertueux *. Saint Charles Borromée, dont la charitable condescendance s'était prêtée pour un peu de temps au dessein de corriger la comédie, en avait perdu bientôt l'espérance ; et toutes les tentatives faites dans le même sens jusqu'à nos jours sont demeurées infructueuses. Mais enfin, il y a des degrés dans le mal comme dans le bien ; et ce serait déjà beaucoup que d'avoir réussi à diminuer un péril qu'on ne peut éloigner entièrement. Je voudrais pouvoir dire pour l'honneur des lettres françaises que le théâtre contemporain ne mérite pas les reproches qu'ont articulés à de si longs intervalles Tertullien, Bossuet et Rousseau ; mais il suffit de parcourir la plupart des pièces qui ont paru depuis trente ans, pour être en droit dédire que, dans aucun temps ni dans aucun pays, la scène n'est arrivée à un tel degré de dévergondage. C'est la réhabilitation du vice et de l'infamie sous des formes qui n'ont pas même le talent pour excuse ; et l'on ne sait ce qui doit étonner davantage, des auteurs qui se permettent d'écrire de telles pages à la face d'un pays chrétien, ou du public qui les tolère. S'il fallait en croire ces faiseurs de drames, la vertu se serait réfugiée parmi ceux qui font profession ouverte de ne plus en avoir; et pour échapper au ridicule dont ils couvrent l'honnêteté, trop prosaïque selon eux, il faudrait emprunter au vice son langage et ses habile Maximes et réflexions, p. 621.
tudes. Ils vont fouiller dans les bas-fonds de la société pour en retirer un monde de turpitudes qui jusqu'ici n'avait paru sur aucune scène, et que Molière lui-même, peu scrupuleux en pareille matière, aurait rougi de recueillir dans ses pièces. Voilà les types de convention qu'ils se plaisent à parer de qualités imaginaires, et auprès desquels ils prétendent faire pâlir comme autant de figures bourgeoises et plates, la jeune fille, l'épouse ou la mère chrétiennes. Ils ignorent sans doute que les sociétés doivent leur grandeur et leur force à ces vertus calmes et modestes du foyer domestique qu'il leur plait d'avilir ou de défigurer. Certes, Messieurs, pour flétrir de pareils méfaits, il n'est pas nécessaire d'être chrétien, il suffit d'être honnête. Il y a eu, j'aime à le reconnaître, de courageuses tentatives pour relever la scène française de cet abaissement, mais l'esprit général de la littérature dramatique continue à être détestable. Donc, aussi longtemps que le théâtre persévérera dans la voie où il s'est engagé, qu'il ne saura pas respecter la sainteté du mariage, la constitution divine de la famille, les lois de la pudeur et de la bienséance, les grands principes d'honnêteté morale sur lesquels repose la société, on ne devra pas s'étonner que les moralistes chrétiens soient unanimes pour le dénoncer comme une école de dépravation; et le reproche le moins sévère qu'on puisse lu adresser dans ces conditions, c'est de répéter avec Bossuet que l'homme y fait à la fois un jeu de ses vices et un amusement de la vertu.