Homil 37, in Matth,,Zn
révélations divines, de vivre pour Dieu? Voilà les plaisirs des chrétiens! voilà leurs spectacles : spectacles innocents, perpétuels, gratuits I Ce sont là pour vous d'autres jeux du cirque. Reconnaissez-y, avec la mobilité du siècle, le déclin des temps; sachez mesurer l'espace, envisager les bornes de la consommation dernière, défendre les églises associées, vous réveiller à l'aspect de l'étendard divin, vous redresser au son de la trompette de l'ange, et aspirer à la palme glorieuse du martyre. Si la poésie des théâtres vous charme, nous avons assez de lettres sacrées, assez de vers, assez de maximes, assez de cantiques, assez de chœurs. Il ne s'agit pas chez nous de fables, mais de vérité; ni de strophes artificielles, mais de sentences dont la simplicité fait le charme. Voulez-vous des combats et des luttes? vous en avez devant vous, aussi vifs que nombreux. Regardez I là, l'impureté est renversée par la chasteté; ici, la perfidie est tuée par la foi; ailleurs, la cruauté est meurtrie par la miséricorde; plus loin, l'insolence est voilée par la modestie. Voilà les combats où nous sommes couronnés. Enfin, vous faut-il du sang? vous avez celui du Christ. Mais, surtout, quel admirable spectacle que le prochain avènement du Sauveur, alors enfin reconnu pour ce qu'il est, alors superbe et triomphant I Quelle sera dans ce jour l'allégresse des anges, la gloire des saints ressuscites, et la magnificence de cette nouvelle Jérusalem oii régneront les justes I D'autres spectacles vous sont réservés, c'est le jour du jugement dernier, jour éternel, jour que n'attendent pas les nations, jour qu'elles insultent, jour où la terre avec ses monuments antiques et ses créations nouvelles disparaîtra dans un seul et même incendie. immense étendue de ce spectacle! que me faut-il admirer? où dois-je promener mes
regards? Pour vous offrir de pareils spectacles et vous faire tressaillir à la vue de telles choses, que peut la libéralité d'un préteur, d'un consul, d'un questeur, d'un pontife? Et cependant ce drame se joue déjà devant nous en quelque façon, puisque la foi le rend présent aux yeux de l'esprit. Au reste, où trouver des paroles pour exprimer ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce que le cœur de l'homme n'a jamais pu imaginer? N'en doutons pas : ces choses surpassent les joies du cirque, des deux amphithéâtres et de tout stade quelconque *. »
Bossuet a imité ce magnifique passage à la fin de son écrit sur la comédie *. Certes, ni le prêtre de Garthage, ni l'évêque de Meaux ne se dissimulaient que cet éloquent appel au sérieux de la vie chrétienne serait entendu par peu de monde. Si les grandes pensées de la foi, qu'ils développent avec tant de force d'élévation, étaient gravées bien avant dans les cœurs, les spectacles perdraient leur attrait ou du moins subiraient une transformation complète. L'esprit chrétien accomplirait avec le secours de l'art ce qu'avait entrepris la Grèce antique, quand elle cherchait à faire de son théâtre une école de religion et de patriotisme. Mais les passions humaines travailleront toujours à détourner l'art théâtral de ces sources fécondes auxquelles il puiserait sans nul doute d'heureuses inspirations. Si donc, reprenait Bossuet, notre goût corrompu ne peut plus s'accommoder des choses simples, et qu'il faille réveiller les hommes gâtés par quelques objets d'un mouvement plus extraordinaire, il faudra trouver au moins des relâchements plus modestes, des divertissements moins eni-