‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 109 sur 211 · De Idol, VI · texte numérisé non relu

De Idol, VI

SOUS les yeux les images de leurs erreurs passées. De plus, comme saint Paul l'a établi à propos des viandes offertes aux idoles, on est obligé quelquefois par motif de charité à s'interdire certaines choses indifférentes de leur nature, pour ne pas scandaliser ceux qui sont encore faibles dans la foi. En voyant tel chrétien fabriquer des idoles ou vendre de l'encens destiné au culte païen, les âmes timorées pouvaient en recevoir des impressions fâcheuses. Enfin, suivant la remarque de Tertullien, le champ des arts et de l'industrie n'était pas tellement circonscrit qu'il fallût absolument, pour vivre, travailler à l'entretien des temples et des sanctuaires du polythéisme: rien n'empêchait de choisir d'autres métiers non moins lucratifs. Voilà tout un ensemble dt raisons que le prêtre de Carthage aurait pu présenter avec force, sans sortir des limites de la vérité. Il n'aurait même pas excédé la mesure en ajoutant que cette obstination à vouloir rester dans un état, sinon illicite, du moins peu convenable pour un chrétien n'accusait pas une grande fermeté de convictions. A une époque où il s'agissait avant tout de mettre fin au règne de l'idolâtrie, l'exercice d'une profession qui tirait parti de l'erreur pouvait être envisagé à bon droit comme l'indice d'une foi tiède ou molle. Mais, d'un autre côté, c'était passer les bornes de la justice que d'y voir une participation réelle au culte idolâtrique. Tertullien exagère les préceptes de la morale lorsque, pour convaincre du péché d'idolâtrie les artisans chrétiens qu'il combat, il établit le principe suivant, sans faire aucune distinction : « Il importe peu que le crime se commette par d'autres, du moment que je leur en fournis les moyens. Je ne dois être l'auxiliaire de personne dans ce qui ne m'est pas permis à moi-même. Par cela seul qu'il m'est

LA VIE CHRÉTIEîHNE AU MILIEU DU PAGANISME. 229

défendu de faire une chose, je dois comprendre qu'il me faut veiller à ce qu'elle ne se fasse point avec mon secours *. » Le célèbre écrivain confond ici deux choses que la théologie morale a soin de bien distinguer, la coopération matérielle au péché d'autrui et la coopération formelle. Celle-ci influe sur la mauvaise volonté du prochain, soit par un conseil, soit par un encouragement ou tout autre genre de complicité morale, et par conséquent ne saurait jamais être permise. Celle-là se réduit à poser, pour des motifs graves, un acte bon ou indifférent de sa nature, dont le coupable profite pour faire le mal contre l'intention du coopérateur. C'est dans ce dernier cas que se trouvaient les ouvriers chrétiens au sujet desquels TertuUien fulmine ses anathèmes. En gagnant leur vie à faire des figurines, à fabriquer des lames de métal ou des ornements quelconques dont les païens se servaient ensuite pour le culte, ils n'influaient aucunement sur les sentiments religieux de ceux qui les payaient; ils ne se rendaient pas plus coupables d'idolâtrie que des artisans catholiques ne commettraient le péché d'hérésie en travaillant à la construction d'un édifice qu'ils savent devoir être affecté au culte protestant. Il ne s'agit, de part et d'autre, que d'un concours purement matériel, lequel n'implique aucune responsabilité quant aux actes qui pourront en être la suite. C'est faute d'avoir distingué ces deux genres de coopération bien différents l'un de l'autre, que TertuUien s'emporte jusqu'à dire qu'il n'est point d'art, point de profession, point de négoce se rapportant de près ou de loin à la fabrication des idoles, qui ne soitenveloppédansla condamnation de l'idolâtrie elle-même*.

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