Ibid
^30 TRAITÉ DE L'ÏDOLATRIÈ.
Vous concevez^ Messieurs, que ces exagérations de l^impétiieux écrivain rnidâient à «es adversaires la réponse facile. Sani dôiite^ il s'en trouvait parmi eux qui ne portaient pas dans rexerci<5e de tjes professions licites par elles-mêmes toute la discrétion qtfé demandent les intérêts de la foi : à d^ut de bonnes raisons, l'appât du gain suffisait pour lever leurs scrupules. A mesure que nous avancerc«is, nous verrons se dessiner davantage ce parti relâché contre lequel TertuUien cherdie à agir avec plus de îèle que de modération. Mais, à côté de <5es hommes qui ne s'étaient pas complètement dépouillés de l'esprit du paganisme, il y avait de fervents chrétiens qui ne s'accommodaient pas d'une morale si outrée. La majeure partie des habitants de Carthage vivaient du commerce et de l'industrie: leur interdire toutes les professions dont nous venons de parler, c'était les exposer à manquer des ressources nécessaires. Nous fabriquons des idoles, disaient les artisans, comme nous ferions toute autre chose, parce que tel est notre raétter, mais nous ne les adorons pas pour cela. Les païens, reprenaient les commerçants, brûlent devant les dieux Tencens ou les parfums que nous leur vendons : est-ce notre faute s'ils font un mauvais usage de nos marchandises? Avant tout il faut vivre, et notre métier est l'unique moyen de pourvoir à la subsistance de nos familles. La réponse de TertuUien exprime sans contredît tonte Péner* gie d'une âme profondément chrétienne, mais il faut bien avouer qu'elle est plus héroïque que sensée.
« Vous dites, s'écrie-t-il, me voilà réduit à la pamTetél Eh bien, le Seigneur a dit: Heureux les pauvres! — Je n'aurai pas de quoi manger 1 — Mais il est écrit : « Ne vous mettez « pas en peine de vos aliments. » Pour le vêtement, nous
avons l'exemple du lis. — J'avais besoin d'argentt — Mais il « faut vendre tous ses biens et en distribuer l'argot ajux € pauvres. » — Je me dois à mes enfants, à ma famille. — « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière « n'est pas apte à l'œuvre de Dieu. » — Je ne suisqu^ua ouvrier aux gages de qui me paye. — « Personne ne peut ser* « vir deux maîtres à la fois. » Si vous voulez être le disciple du Seigneur, prenez votre croix et suivez le Seigneur, c'està-dire supportez la misère, la souffrance, n'y aurait-il que votre corps qui est déjà une espèce de croix. Parents, époux, enfants, il faut tout quitter pour Dieu. Eh quoi! vous hésitez à renoncer à votre industrie, à votre trafic, à votre métier, en vue de vos enfants et de vos parents? Mais il vous a été enseigné qu'on doit tout abandonner, famille, affaires, profession, pour suivre le Seigneur. Jacques et Jean appelés par le S^gneur quittent leur père et leur barque. MatUiieu se lève sur-le-champ de son comptoir. La foi trouvait alors qu'ensevelir son père c'est un retard. En est-il un seul qui ait répondu à l'appel du Seigneur : « Je n'ai pa« de quoi « vivre ?» La foi ne craint pas la faim : elle n'ignore pas que la faim doit être méprisée pour Dieu, comme tout geave de mor^*. »
Il y a certainement de la grandeur dans ce stoïcisme qui s'arme de l'Évangile pour combattre ce qu'il r^arde comme une faiblesse coupable ; mais tout cela n'est qu'un magnifique hors-d'œuvre qui ne touche pas même à la question. Nul doute qu'on ne doive être disposé à tout quitter pour suivre le Seigneur ; mais il s'agissait précisément de savoir