‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 116 sur 211 · Apolog., XXI · texte numérisé non relu

Apolog., XXI

LA VIE CHRÉTIEISNE AU MILIEU DU PAGA?iISME. 241

État chrétien gouverné par des princes et des magistrats chrétiens. Quoi qu'il en soit, l'excuse de TertuUien se trouve dans les conditions mêmes de la société païenne, qui ne lui permettaient pas d'envisager sous leur véritable jour les pouvoirs et les fonctions politiques. Il voit l'idolâtrie partout, au sommet de l'échelle comme à la base, et sur les degrés intermédiaires; par suite il la combat en quelque lieu qu'il la rencontre, au risque d'envelopper quelquefois dans sa condamnation des choses licites en soi, mais entachées de ce vice capital. Cette sollicitude, honorable malgré ses excès, se révèle dans la péroraison de l'ouvrage que nous venons de parcourir :

« Au milieu de ces écueils et de ces golfes, de ces gués et de ces détroits de l'idolâtrie, la foi navigue en déployant ses voiles au souffle de l'esprit de Dieu, toujours sûre si elle se tient en garde, pleine de sécurité si elle reste attentive. Quiconque se laisse renverser est entraîné par le tourbillon inévitable de l'idolâtrie, naufrage duquel nulle victime n'échappe, abîme sans air, qui engloutit les malheureux prêts à être dévorés. Chacun de ses flots suffoque, chacun de ses gouffres conduit aux enfers. Qu'on ne me dise pas : « Qui parviendra « donc à se préserver sûrement? Il faudrait pour cela sortir du monde. — Comme s'il ne valait pas mieux en sortir que d'y rester idolâtre ! Mais rien n'est aussi facile que d'éviter l'idolâtrie ! pourvu qu'on la craigne avant tout. Quelle que soit notre pauvreté, elle n'est rien, comparée à un si grand péril. Voilà pourquoi l'Esprit-Saint, sur la demande des apôtres, nous a délivrés des liens et du joug de l'ancienne loi, afin que tous nos efforts fussent consacrés à fuir l'idolâtrie. Telle est notre loi aujourd'hui : plus elle est simple, plus elle réclame de

fidélité. Marque distinctive des chrétiens, elle nous sépare d'avec les idolâtres et nous sert d'épreuve. C'est elle qu'il faut proposer à ceux qui s'approchent de la foi, elle qu'il faut inculquer à ceux qui y ont été admis, afin que les uns la méditent avant de s'approcher, que les autres continuent à l'observer, et que tous se renient eux-niémes s'ils refusent de la suivre. A nous de voir si, d'après le symbole de l'arche, le corbeau, le milan, le loup, le chien et le serpent doivent entrer dans TÉglise. Toujours est-il que l'idolâtrie n'a pas son type dans l'arche : aucun animal n'y figurait l'idolâtre. Que ce qui n'a point été admis dans l'arche n'entre pas dans l'Église *. »

Le Traité de TertuUien sur l'Idolâtrie est fort important à étudier, parce qu'il marque le commencement des erreurs qui vont s'enchaîner dans sa vie. Certes, à voir le zèle que déploie l'austère moraliste contre tout ce qui rappelle le polythéisme, on ne saurait suspecter la droiture ni la pureté de ses intentions. Cette vive opposition à des coutumes et à des pratiques qui lui semblaient inconciliables avec l'Évangile partait d'une âme profondément chrétienne. Mais le zèle le plus pur peut devenir dangei*eux qiiand il n'est pas tempéré par la prudence. Or nous avons déjà pu observer que, chez Tertullien, la sûreté du jugement n'égale pas toujours la chaleur des convictions. Lui qui sait faire preuve dans l'occasion d^un admirable bon sens perd toute mesure quand la passion vient se jeter en travers. La contradiction Tirrite et le fait sortir des bornes de la sagesse : alors il ne voit plus que l'objection qu'il a devant lui, et dans l'ardeur qu'il met à réfuter la thèse de ses adver-

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