UN CAS I)E CO.NSCIENGE AL UP SIÈCLE
de son talent, dégagé des nuages que la passion répand quelquefois sur son esprit naturellement si net et si positif. S'il avait eu à réfuter le sytème protestant, il n'aurait pu affirmer avec plus de force l'autorité de la tradition à côté et en dehors de l'Écriture sainte. C'est en vain que, pour éluder le sens de ce passage, le docteur Néander a voulu y retrouver l'influence du montanisme *. Avant tout, le professeur de Berlin aurait dû nous apprendre comment, entre autres points, ses coreligionnaires parviennent à justifier, sans le secours de la tradition, la célébration du dimanche à la place du sabbat, tandis que l'Écriture sainte ne contient pas un mot sur ce qui n'est rien moins qu'une dérogation formelle à une loi divine. Mais, pour m'en tenir à l'observation qu'il fait dans le but d'affaiblir la portée du témoignage de Tertullien, il m'est impossible d'y voir autre chose qu'une mauvaise chicane. En exigeant une soumission pleine et entière à l'autorité de la tradition ^, l'auteur du traité de la Couronne ne se borne pas à exprimer son propre sentiment, mais il s'appuie encore sur celui de ses adversaires. Il part d'un principe convenu de part et d'autre et oppose à ceux qu'il combat cet argument personnel : Vous reconnaissez avec moi que nous sommes obligés de nous en rapporter au témoignage de la tradition sur une foule de points, sans qu'il nous soit possible d'alléguer à l'appui aucun texte de l'Écriture ; donc rangez-vous à mon avis dans le cas particulier qui nous divise. Un pareil langage prouve que les uns et les autres admettaient également l'autorité de la tradition, comme un point de doctrine dont les hérétiques seuls auraient pu contester la certitude. Gela posé,
1. Antlgnostikus, Geist des Tertullians. Berlin, 1849, p. 97.