‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 124 sur 211 · De Corona mil., ii · texte numérisé non relu

De Corona mil., ii

il faut bien avouer que, tout en exprimant ce grand principe dans les meilleurs termes, le moraliste africain en abuse dans la circonstance. D'abord il ne distingue pas d'une manière assez précise les traditions divines et apostoliques des coutumes qui, établies par l'Église, peuvent être modifiées par elle. Puis, il se trompe en rangeant parmi les usages prohibés celui de porter une couronne. Il n'y a pas trace d'une pareille défense dans la tradition des premiers siècles. Tertullien a beau faire valoir que l'exemple des confesseurs et des martyrs ne consacrait pas cette coutume ; de cet argument purement négatif à la preuve d'une interdiction formelle, il y a une distance que rien ne l'autorisait à franchir.

Après avoir cherché à suppléer au silence de l'Écriture par l'autorité de la tradition, le prêtre de Garthage prétend tirer de la nature même des choses une nouvelle raison à l'appui de son sentiment ; car l'ordonnance de ce petit traité est d'une régularité parfaite, et les arguments s'y enchaînent en se fortifiant l'un par l'autre. Tertullien examine à quelles fins le Créateur fait naître les fleurs, et il en conclut qu'on les détourne de leur destination naturelle lorsqu'on y cherche un ornement pour la tête. J'ignore s'il attachait une grande valeur à cette preuve : en tous cas, la page oii elle se trouve développée est charmante et respire un parfum de poésie qui fait oublier la faiblesse du raisonnement.

* Si je ne me trompe, c'est le maître delà nature^ c'est notre Dieu qui a formé l'homme et disposé en lui des sens (iei^tains pour désirer, apprécier et obtenir la jouissance des choses^ par l'intermédiaife de membres et d*organes particuliers. Il a creusé l'ouïe dans les oreilles, allumé le regard dans les ^eux, enfermé le goût dans la bouche ; il a livré dans les

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