UN CAS DE CONSCIENCE AU IIP SIÈCLE
tion fiévreuse d'une âme en lutte avec elle-même. Un esprit sombre et farouche, qui n'est pas celui de l'Évangile, circule dans les pages que nous venons de parcourir. L'auteur veut rompre violemment avec tout ce qui s'appelle vie civile, société politique, biens terrestres : il voit les pompes de Satan et ses œuvres dans les choses les plus indifférentes. Autrefois il avait démontré aux païens que les disciples de l'Évangile sont les meilleurs citoyens et les soldats les plus fidèles; aujourd'hui il ne veut plus entendre parler ni de serment de fidélité, ni de service militaire, ni de fonctions publiques : tout cela lui parait incompatible avec les devoirs de la vie chrétienne. Viennent ensuite les gros mots, les épithètes insultantes jetées à la face des adversaires, le ton du libelle et du pamphlet, tous ces symptômes ordinaires de la surexcitation d'un homme qui commence à se fâcher. Évidemment, à l'époque où Tertullien commença son traité sur la Couronne du soldat, un changement s'était, opéré dans son esprit. Sans doute, nous devrons l'attribut^r tout d'abord au développement des germes funestes que nous avions observés dès l'origine dans cette nature plus ardente que mesurée. Mais il est rare que des circonstances extérieures ne viennent pas hâter ces moments de crise, et déterminer ces ruptures violentes avec le passé. Eh bien, quels sont les faits contemporains qui avaient pu exercer une telle influence sur l'esprit de Tertullien? Dans quel milieu d'idées ou d'opinions courantes s'était-il laissé entraîner? C'est ce que nous verrons la prochaine fois.