‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 150 sur 211 · T. I. JO · texte numérisé non relu

T. I. JO

310 dëMie^RS travaux de TëRTLLLIëK

part et d'autre, c'est j le même [espritide foi et de [fermeté évangélique s'exprimant avec une noblesse de langage qu'on ne se lasse pas d'admirer. Nous pouvons en dire autant du zèle avec lequel Tertullien n'a cessé, pendant toute sa vie, de défendre la cause des chrétiens persécutés. Vous vous rappelez ces pages immortelles de l'Apologétique, où les droits de la conscience et de la vérité s'affirment avec une force et une élévation que l'éloquence chrétienne n'a jamais surpassées. Eh bien, à plusieurs années de là, malgré les colères qu'avaient soulevées dans son àme la controverse montaniste, nous retrouvons le vieil athlète toujours sur la brèche et prêtant le secours de son éloquence à ses frères opprimés. C'est, en effet, par une lettre à Scapula, proconsul d'Afrique, que se termine la carrière de Tertullien, envisagé comme défenseur de la religion chrétienne contre les païens. Vous n'aurez pas de peine à reconnaître, dans le début de cette remarquable pièce, la rudesse évangélique et la mâle énergie auxquelles nous avaient accoutumés l'apologiste africain.

« Chrétiens, nous ne savons ni pâlir ni trembler devant les maux dont nous accablent ceux qui nous ignorent. Le jour où nous nous sommes enrôlés sous l'étendard de notre Église, nous faisions de notre vie l'enjeu d'un combat, sans autre désir que les biens promis par Dieu, sans autre crainte que les supplices qu'il tient en réserve pour la vie future. En un mot, nous luttons sans fléchir contre toute votre barbarie; que dis-je? nous courons au devant d'elle, plus heureux d'être condamnés que d'être absous. C'est pourquoi, si nous vous adressons cet opuscule, ne croyez pas que nous craignions pour nous-mêmes, mais pour vous, pour tous nos ennemis, je me trompe, pour nos amis. Car notre loi

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uous ordonne d'aimer également nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent; c'est par là que doit se révéler la plénitude de la bonté qui nous est propre et que personne ne partage avec nous. Aimer des amis, c'est la vertu de tout le monde; il n'appartient qu'aux chrétiens d'aimer leurs ennemis. Nous donc, qui plaignons votre ignorance, qui avons pitié de Terreur humaine, et qui lisons dans l'avenir dont nous voyons de jour en jour les signes avant-coureurs, nous avons cru nécessaire de vous faire connaître par cette voie ce que vous ne voulez pas entendre en face*. »

Comme dans V Apologétique, écrit vingt ans auparavant, TertuUien, s'adressant à un proconsul de Caracalla, repousse l'accusation de lèse-majesté, en reconnaissant que l'empereur a droit à l'obéissance dans l'ordre civil, mais qu'il ne saurait prétendre sans blasphème à des honneurs divins. Il démontre que, par le fait, on n'avait jamais pu surprendre de conspirateurs parmi les chrétiens, et s'appuie sur les droits de la conscience pour revendiquer la libre profession de l'Évangile. Sans insister longuement sur l'ensemble des dogmes chrétiens, il se contente d'opposer le culte du Dieu véritable à celui des dieux du paganisme, qu'il appelle des démons^. Puis, choisissant l'argument le plus propre à frapper un païen superstitieux, il prélude au traité de Lactance sur la mort des persécuteurs. Depuis Vigellius Saturninus, le bourreau des martyrs Scillitains, deux proconsuls avaient précédé Scapula en Afrique, Minutius Timinianus et Hilarianus. Or le châtiment divin n'avait point tardé à frapper ces hommes

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