DePatientia, u, m
tout à Pheure, le moraliste païen ne fait intervenir Dieu dans son enseignement ni comme agent moral, ni comme exemplaire de la vertu. Toutes les considérations qu'il présente sont tirées de l'honnêteté morale, telle qu'elle est dictée par la conscience, et exigée pour le bon ordre de la société humaine. Non pas que, dans le cercle d'idées où il se renferme, Sénèque ne développe des leçons pleines de sagesse, n joint à une grande finesse d'observation l'art d'un peintre consommé, soit que dans un tableau plein de vie et de mouvement il montre la laideur du vice qu'il veut combattre, soit qu'il en retrace les funestes effets pour les individus et pour les peuples, soit enfin qu'enlevant à la colère tous les prétextes dont elle voudrait s'armer, il prouve qu'il n'y a dans ces tumultes de l'âme ni noblesse ni grandeur*. Assuré' ment, tout cela dénote un vif sentiment de la dignité morale; mais on n'en regrette que davantage l'absence de tout motif religieux dans une exhortation qui a pour but d'inspirer l'amour de la vertu. Quelle supériorité dans la raison du devoir telle que la conçoit le prêtre de Carthage! L'homme, dit-il, doit se rapprocher de Dieu par le soin qu'il met à l'imiter dans la mesure de ses forces. Telle est la formule chrétienne de l'obligation morale. Il y a plus. Messieurs; car la vertu que prêche l'Évangile ne s'arrête pas aux limites de la nature humaine : elle doit être surnaturelle dans son motif comme dans son principe, L'idéal de la sainteté dans le christianisme, ce n'est pas seulement le Dieu créateur, accessible au regard de la raison, mais le Dieu rédempteur, perçu des yeux de la foi, le Verbe incarné, dont la vie ter-