Ibid.^ XV
rhétorique de l'époque, vous aurez admiré comme moi l'énergie que prêtent au discours ces propositions courtes et .vives, qui se pressent avec la force d'une gradation ascendante; ces membres de phrase tombant l'un sur l'autre comme autant de coups redoublés qui impriment la pensée dans l'esprit du lecteur. La verve de l'écrivain carthaginois est plus discrète dans la suite de cette péroraison, où, voulant tracer le portrait de l'homme patient, il trouve des tons d'une finesse merveilleuse. Permettez-moi d'abord de vous lire la description justement appréciée que Sénèque a faite de la colère. C'est le contraste entre la vivacité étincelante d'un style plein defeu^ et les grâces sévères d'un langage qui respire la douceur.
« De même que la folie a des signes certains, s'écrie le philosophe, le visage hardi et menaçant, le front triste, le regard farouche, la démarche précipitée, les mains corivulsives, le teint changeant, la respiration fréquente et s'échappant avec violence, ainsi l'homme en colère présente des symptômes semblables. Ses yeux s'enflamment, étincellent; un rouge éclatant couvre son visage, le sang bouillonne dans les cavités de son cœur, ses lèvres tremblent, ses dents se serrent, ses cheveux se dressent et se hérissent, sa respiration est gênée et bruyante, ses articulations craquent en se tqrdant; il gémit, il rugit ; sa parole s'embarrasse de sons entrecoupés ; ses mains s'entre-choquent fréquemment; ses pieds battent la terre; tout son corps est agité, tous ses gestes sont des menaces : tel est le portrait hideux et repoussant de celui que décompose et gonfle la colère *. » ^
Si le moraliste païen peint à merveille les eflTets physiques