‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 173 sur 211 · S. Matthieu, vi · texte numérisé non relu

S. Matthieu, vi

376 TRAITÉ DE L'ORAISOM I^OMINIGALË.

plier les citations, je placerais sous vos yeux d'autres hymnes empnmiëes aux Fastes d'Ovide ou aux Élégies de Tibulle» telles que les invocations à la déesse Robigo et à Falës^ la déesse des bergeries ^ Le même esprit souffle invariablement à travers ces pièces, commentaires poétiques des liturgies païennes. Messes et bona mita*, d'heureuses moissons et de bons vins, tel est le souhait qui revient sans cesse sur les lèvres des dévots du paganisme. Quant aux dons bien autre* ment précieux de la vérité, de la justice, de la pureté de conscience, de la vertu enfin, ils se soudent fort peu d'en faire l'objet de leurs demandes. Tous connaissez la prière d'Horace: c'est du pur matérialisme : « Que pensez-vous, dit-il à son ami Lollius, que je d^nande au ciel ? De conserver ce que j'ai maintenant, moins s'il le faut î de vivre pour moi ce quf me reste de vie^ ce que les dieux voudront bienm'en laisser. Bonne provision de livres^ du blé poui* un an^ et cela dans la crainte de flotter éperdu au gré de l'heure décevante. Voilà tout ce que j'attends de Jupiter ; qu'il me donne la vie^ des richesses, c'est assez. L'égalité d'ftme^ j'en fais mon âSbire^. i» Tous l'entendes, le poète latin iie dmiâi^e aux dieux que les bimis terrestres; ^uant i la vertus il s^en charge^ et l'on sait comment, tl ne faudîrait pas voir en c«k iîne saillie de gaieté échappée à la verve d'un épicurieD en btmne humeur. GicérOn^ qui inclinait vers des doctrines ptué sévères» ne conçoit paë la prièi'e sous une au^^rmë: «G'esi l'f^inion ilé èous ie^ m6rteis> dMU qu'on doit demfliider ft

L Ovide, tv Fastèii y: 960-982. Tibulle, II* livre dee èûffisf; i, V, 1-ib: 1 TibuUe, V* livre dès Élégies, i, v. 29.

d. « Det viiam, det opes ; œquum ini aùimtiia ipée pai^o* n (LA des ÈpitreSy î, V. Î02.)

Dieu la fortune, mais qu'il faut tirer la sagesse de soi-même. Qui jamais a songé à rendre grâces aux dieux de ce quMI est homme de bien*? » Même dans Técole de Socrate, la plus spiritualiste de ^antiquité, de pareilles idées prévalaient chez beaucoup d'esprits. Après avoir demandé aux dieux la santé, la force du corps, la considération dans la cité, la bienveil' lance de la part de ses amis, le salut dans la guerre et Tac* croissement de ses richesses, Xénophon n'oublie qu'une diose» le secours divin dont l'homme a besoin pour éviter le mal et pour pratiquer le bien '. Le sensualisme païen ne pouvait produire d'autres résultats : il fallait, selon le mot de TertuUîen et de Socrate, que Dieu lui-même vint apprendre aux hommes de quelle manière ils doivent le prier.

Sans doute, Messieurs, comme je le faisais observer tout à l^heurci les instincts les plus profonds de l'âme humaine aussi bien que les échos non éteints de la tradition primitive protestaient ici et là contre ce caractère matérialiste de î*acte l*eligieux par excellence. Nous avons vu que Socrate^ indigné de ces vœux dans lesquels le sentiment moral n'entrait poui' rien, préférait une abstention complète à l'usage indiscret d'une pratique qu'il regardait comme înjurtëusepoui* la divinité et nuisible aux hommes. C'est avec ifaison que Platon; son interprète^ trouvait plus belle et plus sûre dette prière d'un ancien poète: < Puissant Jupiter, doniie-ndus les bienSi âoii que nous les demandions, soit que nous ne les demandions pasi et éioigiie de nous les maux quand même nousl te les demanderions *. » Encore là n'est-îl question que des

i. De Nat, Éeorum, lii, 86-08.

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