Sénèque, 10* Ép. d Ludle
Nous demandons ce qui plaît; ils donneront ce qu'il faut: l'homme leur est plus cher qu'il ne l'est à lui-même. Toutefois, afin que tu puisses leur adresser quelque vœu, leur offrir, dans leurs temples, une victime avec les intestins sacrés d'une laie blanche, demande la santé de l'esprit jointe à la santé du corps; demande une âme forte, exempte des terreurs de la mort, et qui sache la regarder comme un bienfait de la nature; une âme capable de supporter toutes les peines, qui ne s'irrite point, ne désire rien, et qui préfère les travaux, les cruelles épreuves d'Hercule à la volupté, aux festins et au duvet de Sardanapale. Voilà des biens que tu peux te donner toi-même. La vertu seule conduit au calme du bonheur. Fortune, ton pouvoir s'évanouit, si nous sommes sages ; c'est à nos faiblesses que tu dois ta divinité et ton rang au cielM »
Tout l'esprit du stoïcisme respire dans cette prière qui dépasse de beaucoup le point de vue auquel s'arrêtaient la plupart des anciens. Mais le ton n'en est pas moins faux, en dépit du travail auquel le poète se livre pour rencontrer les mâles accents de la vérité. Si, comme le dit Juvénal d'après l'enseignement du Portique, la vertu est un bien que nous pouvons nous procurer ànous-mêmes, la prière devient superflue. C'est un vain son qui meurt sur les lèvres du stoïcien, parce que l'orgueil étouffe en lui ce cri de l'âme vers Dieu. La prière n'est sincère qu'autant qu'elle jaillit du cœur comme un aveu de notre insuffisance. Or, le principe fondamental du stoïcisme, c'est que le sage se suffit parfaitement à lui-même. Voilà pourquoi la prière lui reste interdite, malgré les