‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 188 sur 211 · Pensées de Pascal, 2« partie, arl. vi · texte numérisé non relu

Pensées de Pascal, 2« partie, arl. vi

2. Le Scorpiaque, viii. --Delà Fuite pendant la persécution, iv.— l?e la Pénitence, i.

Ces rapports de convenance, TertuUien les cherche pour la matière du baptême. Certes, s'il existe un élément que ses propriétés naturelles désignaient au choix de Dieu comme signe sensible et efficace de la purification de l'âme, c'est bien Peau. Mais le défenseur du baptême ne s'en tient pas à cette ressemblance de la vertu matérielle de l'eau avec l'efficacité surnaturelle qu'elle acquiert dans le sacrement. Il trouve en outre dans l'antiquité, dans la dignité et dans la fécondité de cet élément, autant de titres à la prérogative qui lui est échue. A l'aide des premiers versets de la Genèse, il montre que Teau est une de ces substances primordiales dont se composait le monde avant sa formation. Elle servait de siège à l'esprit de Dieu qui planait sur elle quand les ténèbres couvraient encore la face de l'abîme. C'est dans son sein que la vie animale s'est produite tout d'abord avant même que l'air et la terre se peuplassent de créatures vivantes. Faut-il énumérer tous les avantages que cet élément possède sur les autres, sa force ou sa grâce, son usage plus général, les sen'ices qu'il rend au monde, etc. *? Ce panégyrique de l'eau, qui sent un peu le rhéteur, rappelle assez les discussions des anciens philosophes sur le mérite relatif du feu et de l'eau. Déjà Pindare avait proclamé la supériorité de celle-ci, et Plutarque n'avait pas jugé superflu de consacrer à ce sujet une dissertation spéciale, dans laquelle, après avoir bien pesé les qualités qui distinguent Tmi et l'autre élément et les services qu'ils nous rendent, il incline vers l'eau, sans toutefois se prononcer avec trop d'assurance '.

i. De BaptUmo^ m.

2. Lequel e$t le plue utile, le feu ou Veau, Plutarque, trad. d'Amyot, \. II, p. 176 et BvàY,

L'INITIATION CHRÉTIENNE. 3d5

Cet exercice de rhétorique est à coup sûr l'une des plus faibles pièces qui soient sorties de la plume du célèbre biographe. De nos jours, la controverse s'est rallumée, mais pour un motif plus sérieux et sur un terrain tout différent. La géologie a eu également ses partisans de l'eau et du feu, ses Neptuniens et ses Vulcaniens, suivant qu'on attribue la formation des terrains primitifs à la condensation d'un liquide tenu auparavant en dissolution, ou au refroidisse* ment d'une masse ignée. Je suppose que TertuUien se serait rangé du côté des premiers, s'il faut en juger par le rôle prépondérant qu'il assigne à l'eau dans le système général du monde. Quoi qu'il en soit, le prêtre de Carthage a fort bien compris, comme il le dit lui-même, qu'en s'appesantissant davantage sur ces détails accessoires il finirait par faire de son traité un éloge de l'eau plutôt qu'une apologie du baptême. Toute cette partie du discours tend à prouver que Dieu n'aurait pu choisir un élément plus convenable pour le sacrement de la régénération, et que les eaux ont été présanctifiées en quelque sorte par l'esprit de Dieu, qui planait sur elles à l'origine des temps, comme pour indiquer d'avance la vertu que l'institution divine y attacherait plus tard. Car, dit Tauteur, la forme du baptême a été prescrite par le Christ aussi bien que la matière, et c'est l'application de l'une à l'autre qui détermine les merveilleux résultats qu'il plaît à Dieu de produire par un acte si simple en apparence ^ On ne saurait mieux décrire les efiets du rit sacré de l'initiation chrétienne :

i. « Lextingendi imposita est et forma prœscripta. «Ite, inquit, docete « nationes, tingentes eas in nomine Patris et FUii et Spiritus sancti. » De BaptiMmo, xiii.

« Aussitôt que Dieu est invoqué, l'Esprit-Saint descendu des deux s'arrête sur les eaux, qu'il sanctifie par sa fécondité : les eaux ainsi sanctifiées s'imprègnent à leur tour de la vertu sanctifiante. D'ailleurs, elles ont un rapport de ressemblance avec le résultat d'une opération si simple : la tache du péché nous avait souillés; les eaux nous lavent de ces souillures. Mais comme les péchés ne paraissent pas dans la chair, car personne ne porte sur sa peau la tache de l'idolâtrie, de l'adultère ou du mensonge, ils impriment leurs souillures à l'esprit, qui est l'auteur de la faute. C'est l'esprit qui commande; la chair obéit en esclave. Cependant la faute est commune à tous deux, à l'esprit parce qu'il commande, à la chair parce qu'elle obéit. Voilà pourquoi, dès que les eaux ont reçu comme une vertu médicinale par l'intervention de l'ange de Dieu, l'âme y est lavée au moyen du corps, et la chair purifiée par le ministère de l'esprit... Ce qui remédiait autrefois aux vices du corps guérit aujourd'hui l'àme; ce qui rendait la santé dans le temps procure le salut pour l'éternité; ce qui délivrait un seul homme chaque année sauve journellement des nations entières, et détruit la mort en lavant les péchés, car le baptême, remettant la faute, remet aussi la peine. Ainsi l'homme est rendu à Dieu, selon la ressemblance de celui qui avait été créé autrefois à l'image de Dieu : Timage s'applique à la forme, la ressemblance à l'éternité. L'homme recouvre, en effet, cet Esprit-Saint que le souffle de Dieu lui avait communiqué dans le principe, mais qu'il a perdu ensuite par le péché \ »

Voilà, Messieurs, la doctrine catholique rendue avec un

Ij De Baptismo, iv, v,

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LMNÎTIATION CHRÉTIENNE. 397

rare bonheur d'expression. L'homme, ditTertullien, aperdu, par le péché, l'Esprit-Saint, c'est-à-dire la grâce sanctifiante, qu'il recouvre par le baptême. Il serait dîflBcile d'affirmer d'une manière plus positive que le sacrement de la régénération a pour effet principal d'effacer le péché originel qui, pour la postérité d'Adam, consiste essentiellement dans la privation de la grâce sanctifiante. Quant au mode d'opération, rien n'est plus clair que le sentiment de l'auteur. Le sacrement est la cause véritable et immédiate de la grâce : il opère par lui-même, en vertu de l'institution divine, ou, suivant le langage reçu dans l'École depuis le treizième siècle, ex opère operato. Car, dit TertuUien, les eaux sanctifiées par l'Esprit de Dieu reçoivent à leur tour la vertu sanctifiante * ; c'est au moyen de cette vertu médicinale qui leur vient de Dieu, qu'elles guérissent et purifient l'âme ^. Vous voyez par là combien l'Église primitive était éloignée de l'opinion des protestants, pour qui les sacrements sont de pures cérémonies instituées par Jésus-Christ dans le but de sceller et de confirmer les promesses de la grâce, de soutenir la foi et d'exciter à la piété, ou bien des signes extérieurs qui ne servent qu'à distinguer les fidèles d'avec les infidèles. Non, dit le prêtre de Garthage, c'est l'eau elle-même qui purifie l'âme, non pas en vertu de ses propriétés naturelles, mais par l'efficacité qu'il plaît à Dieu de lui communiquer. Il va même au devant

1. Littéralement ; « boivent la vertu sanctifiante, vim sanctificandi combibunt. » Quoi de plus énergique pour faire comprendre que les sacrements opèrent par une vertu propre et intrinsèque ?

2. « Medicatis aquis — spiritum medentur — œternam salutem reformant, — dellçtis inquinamur, aquis abluimur, etc. » Jamais théologien scolastique ne s'est servi d'expressions plus fortes poui; dire que les sacrements produisent U grâce « ex opère operato ».

d'une objection que Ton dirait empruntée à quelque secte moderne : Si la foi a sufiS dans TAncien Testament pour le salut, c'est encore elle toute seule qui aujourd'hui produit la justification. « Non^répond le théologien du deuxième siècle, à partir de la pa$sion et de la résurrection du Seigneur, c'est-à-dire depuis la promulgation de la loi évangélique, la foi ne peut rien sans le baptême. Car la loi du baptême a été imposée , et la fprmç prescrite. Allez , dit le Seigneur aux apôtres, enseignez les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. A cette loi a été ajoutée la déclaration suivante,: Si quelqu'un ne renaît de Teau et de l'Esprit-Saint, il n'entrera pas dans le royaume des cieux. Par cet arrêt, la foi a été astreinte à la nécessité du baptême *. » Ainsi, c'est le sacrement, et non la foi, qu'on doit appeler la cause productive et efficiente de la grâce. Est-ce à dire que la foi ne 30it pas chez les adultes une condition indispensable pour recevoir la grâce du sacrement? Évidemment non. Comme TertuUien, tous les théologiens catholiques exigent dans ceux qui en sont capables des dispositions morales sans lesquelles le sacrement ne produit pas son effet. Voilà pourquoi l'auteur du Traité sur le baptême exhorte les catéchumènes à se préparer à ce grand acte par la prière, par la mortification de la chair et de l'esprit, par un changement de vie aussi complet que sincère'. Mais quoique nécessaires pour la justification du pécheur, ces dispositions ne sont pas la cause productive de la grâce ; elles ne font que préparer le terrain en écartant tout obstacle qui entraverait

i. De BapUimo, xiii.

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