M., xx
Tâction divine. La même pluie qui féconde un champ bien cultivé, laisse stérile un sol en friche. Voilà l'image exacte du sacrement qui opère par une vertu propre et intrinsèque, pourvu qu'il ne rencontre pas dans le sujet des dispositions contraires qui en arrêtent l'efficacité.
Vous n'ignorez pas, Messieurs, que dans les premiers temps de rËglise il était d'usage d'administrer le sacrement de confirmation immédiatement après le baptême. Du moins cette coutume, qui encore aujourd'hui est observée par l'Église grecque, avait-elle prévalu dans beaucoup de communautés chrétiennes. Comme la confirmation a pour effet de mettre le sceau à la régénération baptismale, il pouvait sembler assez naturel de ne point séparer ces deux actes. De plus, la persécution toujours menaçante exposait aux luttes de la foi chaque fidèle à peine baptisé, en l'obligeant à confesser l'Évangile au péril de sa vie. Quoi de plus convenable en pareil cas que d'armer le néophyte de force et de courage, par la réception du sacrement auquel il plaît à Dieu d'attacher cette vertu spéciale ? Depuis que le triomphe du christianisme a fait disparaître ce motif, l'Église, agissant dans la plénitude de son pouvoir disciplinaire, recule l'onction du saint chrême jusqu'à l'âge où le jeune chrétien est plus capable d'en comprendre la portée et de s'en approprier l'effet. Dans une instruction plus spécialement adressée aux catéchumènes, Tertullien ne pouvait manquer de décrire le rit sacré que la pratique de son temps joignait d'ordinaire au baptême. Voici ce passage, fort important pour l'histoire de la dogmatique chrétienne.
« Je ne prétends pas que les eaux noua mettent en possession de la plénitude du Saint-Esprit ; mais en nous puri-
fiant par le ministère de l'Ange, elles nous disposent à recevoir l'Esprit-Saint... Sortis du bain régénérateur, nous recevons une onction sainte, comme dans l'ancienne loi où le prêtre était élevé au sacerdoce par l'huile qu'on versait sur sa tête. C'est ainsi qu'Aaron fut sacré par Moïse, et que Jésus est appelé Christ, du mot chrême qui désigne l'onction par laquelle Dieu le Père l'a rempli de son esprit, suivant ce qu'on lit aux Actes des Apôtres : « Ils se sont assemblés dans « cette ville contre votre Fils que vous avez marqué de l'onc- « tion. » Ainsi l'onction se pratique sur notre chair, mais elle nous profite spirituellement. De même aussi l'acte du baptême est tout extérieur, puisque le corps seul est plongé dans l'eau ; mais Tefifet en est tout spirituel, puisque nous sommes délivrés du péché. Ensuite on nous impose les mains en invoquant et en attirant sur nous TEsprit-Saint par une bénédiction... Dans ce moment-là l'Esprit divin quitte le sein du Père pour descendre avec complaisance sur une chair purifiée et bénie; il repose sur les eaux du baptême, comme s'il reconnaissait son ancien trône. Il descendit de même sur le Seigneur sous la forme d'une colombe, pour manifester sa nature par la simplicité et l'innocence de cet animal qui n'a point de fiel. De là ce précepte : soyez simples comme des colombes, précepte qui n'est pas sans rapport avec la figure que je viens d'indiquer. En effet, quand le déluge eut lavé dans ses eaux l'iniquité antique, après le baptême du monde, si j'ose ainsi parler, la colombe échappée de l'arche, et reparaissant plus tard avec un rameau d'olivier, vint annoncer à l'univers que la colère divine s'était apaisée. On sait que parmi les nations elles-mêmes l'olivier est le symbole de la paix. Par une disposition analogue, mais dont l'effet est tout
spirituel, aussitôt que notre terre, c'est-à-dire la chair de rhomme, sort du bain régénérateur, purifiée de ses anciennes souillures, le Saint-Esprit, céleste colombe venue d'en haut, comme celle qui sortit de l'arche, figure de l'Église, nous apporte la paix de Dieu *. »
C'est ainsi que l'imagination de T.ertuUien sait mêler à propos de ce que la poésie religieuse a de plus gracieux aux formes sévères d'un traité didactique. La doctrine revêt sous sa plume un charme ravissant, en même temps qu'il l'expose avec une rare précision. L'alliance de ces deux qualités, qui s'excluent trop souvent, donne à ses écrits une importance théologique qui n'a d'égale que leur mérite littéraire. Pour échapper à l'argument qui ressort de ce passage en faveur du sacrement de confirmation, nos adversaires ont prétendu qu'il ne s'agit là que d'une pure cérémonie usitée dans l'administration du baptême. Nul doute qu'il y ait eu dès l'origine parmi les cérémonies accessoires du baptême une onction qui se pratique encore de nos jours ; de même le rit symbolique de l'imposition des mains n'était pas exclusivement propre à l'acte sacramentel. Mais les paroles de Tertullien ont une signification plus haute et plus précise. L'acte qu'elles désignent possède une vertu spéciale, distincte de celle du baptême, la vertu d'attirer l'Esprit-Saint dans l'âme du néophyte. A la vérité, le néophyte vieiit de recouvrer la vie dans l'eau de la régénération ; mais, continue le prêtre de Carthage, cette ablution salutaire ne fait que préparer la voie à l'Esprit-Saint, qui descendra sur lui par l'onction du saint chrême et l'imposition des mains ^. Ce deuxième acte