‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 30 sur 211 · AdNatiane8,hhc.h · texte numérisé non relu

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droit de nous 'reprocher un crime imaginaire, qui n'est ni mentionné danft vos codes, ni' défini dans vos actes d'arrestàrtiotr, ni exprimé dans vos sent^ces. Montrez-moi an juge qui présidé aux débats, une cause que Ton instruise, un accusé qui réponde ou qui avoue, mi avocat qui plaide, alors je dirai qu'il y a un coupable. Mais quand il s'agit de la valeur d'un nom, si l'on veut faire le procès à un mot et accuser un terme, je ne vois pas ce que l'on peut reprocher à ce terme ou à ce mot, sinon d'être barbare, de funeste présage, inconveliant pour qui le prononce, ou dur pour qui l'entend. Tout le crime .des mots s'arrête là; ils ne peuvent être coupid)les que de barbarisine, comme les phrases de solécisme ou de tour vicieux. Mais le nom de chrétien équivaut pour le Bens à onction, et lors même que vous le prononcez mal (car il n^y a pas jusqu'à notre nom qui ne vous laisse dans l'incertitude), ce itlot signifie toujours bonté ou douceur*. C'est donc lin innocent que vous persécutez dans des hommes Innocents, un nom qui n'embarrasse point la langue, ne choque point l'oreille, qui n'est ni fatal à l'homme ni de mauvais présage pour la patrie ; un nom enfin qui est grec comme tant d'autres, sonore dans ses éléments et agréable dans sa signification. Et sans doute ce n'est ni par le glaive, ni par la croix, ni par la dent des bêtes féroces, qu'il faut punir les noms^. »

Cette tirade est fort spirituelle, et nous montre une des qualités principales de TertuUien. Cet écrivain, d'ailleurs si ferme et si austère, pétille d'esprit, et l'on ne sait ce qu'il

i. Les païens appelaient souvent les chrétiens chrêtUani, au lieu de chrUtiani. Or xP^^î*^^ veut dire bon, et XP'^^î? oiai, parfumé. 2. Ad NatUyneSy 1. 1, c. m.

faut admirer davantage chez lui, de la gravité sentencieuse de son style, ou des saillies heureuses qui lui échappent à tout moment. Ses discours abondent en traits ingénieux et piquants, si bien qu'on ne peut s'empêcher de voir un abus de l'esprit dans ces pointes trop multipliées, TertuUien affecte les jeux de mots et ne recule même pas devant ce qu'on appelle vulgairement un calembour*. Mais le genre où il excelle tout particulièrement est celui qui consiste à saisir les choses par leur côté ridicule : alors il déverse l'ironie à pleines mains, et la plaisanterie devient son arme favorite. Nous verrons plus tard à quel point il a su pousser Tari du persiflage; je ne cherche en ce moment qu'à observer dans leur germe les qualités de ce grand esprit qui se présente à nous sous tant de faces. Ce n'est pas, je le répète, que la vivacité de son imagination nuise à la profondeur de son coup d'œil ni à la fermeté de son style. Tertullien ne s'arrête jamais à la surface du sujet qu'il traite; il le pénètre et le creuse jusqu'à ce qu'il ait résumé sa pensée sous une forme qui l'exprime tout entière. C'est à sa phrase surtout qu'on peut appliquer le mot : non scripta, sed sculpta. De là ce style lapidaire qui lui est propre, ces formules énergiques et concises dans lesquelles il se plaît à ramasser une doctrine ou un raisonnement. Le discours même que nous étudions, bien qu'il ne compte point parmi ses meilleures productions, renferme également plusieurs de ces maximes courtes et substantielles qui se gravent dans la mémoire et qui font de ses écrits un

1. Ainsi, par exemple, en parlant de Tenlèvement des Sabines, il dira que Romulus mérite en effet d*être appelé le dieu Quirinus, puisqu'il perça de sa lance (quiris) la poitrine de leurs pères. Ad Nationes^ 1. ii, c. IX. (< Quirlnus est, quia timc parentibus quiritatum est per illum. »

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véritable répertoire de sentences oîi les orateurs chrétiens ont puisé depuis des siècles. C'est ainsi qu'il peint en quelques mots ce peuple l'omain toujours occupé à se venger par la satire des maîtres qu'il s'est donnés : « peuple dont l'épée est soumise, dont la langue est toujours en révolte*. » Veutil exprimer la séduction que le sophisme a coutume d'exercer sur Tesprit humain? « L'homme, dira-t-il, est ainsi fait, que celui qui a le mieux parlé passe pour avoir dit la vérité, et non pas celui qui a dit la vérité pour avoir le mieux parlé ^. » Veut-il flétrir d'un trait l'apothéose des empereurs païens ? « Vous souillez le ciel, s'écrie- t-il, quand vous en faites le cimetière de vos rois ^ I » Quelle peinture du cœur humain dans cette phrase : « Plus vous êtes enclins à faire le mal, plus vous êtes disposés à le croire, et l'on ajoute foi plus volontiers au mal lorsqu'il est faux, qu'au bien lorsqu'il est vrai * î » Il n'est pas d'écrivain de l'antiquité profane ou sacrée chez lequel fourmillent davantage les mots heureux, les passages bien frappés, et je comprends que Bossuet ait conseillé au cardinal de Bouillon l'étude des écrits de TertuUien, comme éminemment propre à fournir au discours ces pensées lumineuses et fécondes qui prêtent tant au développement oratoire.

Mais revenons aux deux livres adressés à la gentilité. Après avoir flétri l'iniquité de la procédure dirigée contre les chrétiens, l'apologiste africain fait ressortir tout ce qu'il y a de déraisonnable dans la conduite de leurs adversaires. Tandis

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