SIXIEME LEÇON
L'Apologétique , défense du christianisme devant la magistrature romaine. — Principe païen de l'omnipotence de l'État en matière religieuse.— Tertullien revendique pour les chrétiens le libre exercice de leur culte. — Bases de son argumentation. — La religion chrétienne est sainte et vraie; donc l'État n'a pas le droit de la proscrire.— Toutes les religions sont admises dans l'empire; donc il est inique d'exclure le christianisme de cette tolérance universelle. — Double eu'gument, l'un basé sur le droit de la vérité, l'autre sur le fait de la tolérance établie. — Nul ne doit être contraint à faire un acte religieux que sa conscience réprouve. — Tertullien n'exclut pas la répression d'erreurs dangereuses. — Sa critique de la réponse de Trajan à Pline le Jeune. <*- Modèle de discussion juridique.
Messieurs,
En adressant à la foule des païens, vers l'année 198, les deux discours qui ont fait la matière de nos leçons précédentes, Tertullien se réservait de porter la cause des chrétiens devant un tribunal plus élevé. Bien qu'il eût réfuté les accusations de ses adversaires avec autant de vigueur que de netteté, la défense du christianisme exigeait encore quelques éclaircissements. L'apologiste s'était moins appliqué à faire connaître les doctrines de ceux qu'il voulait justifier, qu'à repousser les calomnies dont ils étaient l'objet. De plus, le grief le plus redoutable de tous, le crime de lèse-majesté qu'on reprochait aux chrétiens, n'avait pu être discuté à fond dans une pièce qui n'était pas spécialement destinée à la magistrature romaine. Pour combler ces lacunes qu'il avait