Apolog., V
TertuUieii raconte de Tibère ne laisse pas de paraître quelque peu étrange. J'admets volontiers que Pilate ait rendu compte à l'empereur d'un événement qui avait fait tant de bruit dans la province qu'il gouvernait : nous voyons par la lettre de Pline le jeune à Trajan, que les proconsuls avaient coutume d^adresser au chef de l'État de pareils rapports sur les faits mémorables qui se passaient dans le ressort de leur administration. Aussi saint Justin, d'accord sur ce point avec Tertui* lien, en appelle-t-il avec confiance aux actes officiels de Pilate. ce qui ne permet guère de douter que cette pièce ait réellement existé dans les archives de l'empire, bien qu'il ne faille pas la confondre avec d'autres documents fabriqués plus tard sous le même nom*. De plus, il est fort possible que Tibère, frappé de la relation de Pilate, ait eu un instant l'idée de mettre Jésus-Christ au rang des dieux de l'empire ; mais, ce qui pèche conti^e toute vlraisemblancej c^est l'hypothèse d'une proposition de ce genre soumise au sénat et rejetée par lui. La servilité de ce coi*pâ sous Tibère nous interdit de supposer une telle résiëtance, si le prince avait en effet témoigné le désir de faire Une àpottéose. Enfin j comme on ne dénonçait p^é encore les chrétiens dans ce temps-là, i'édit dé protection dont parle TertuUien n'aurait pas même eu de raison d'être. Il y a donc dans cette narration un fond de vérité entremêlé de détails d'une authenticité suspecte. J'en dirai autant de la prétendue lettre de Marc-Aurèle, relative au miracle de la légion fulminante. Saint Jérôme et Paul Ôrose parlent également de cette pièce que l'on ajoute d'ordinaire à la première apologie de saint Justin ; mais tout porte à croire qu'elle est