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LA LIBERTÉ DE COiNSCIEiNCE. Uo
apocryphe. Il y aurait certainement de la témérité à révoquer en doute le fait qui a servi de base à l'opinion de Tertullien. Chrétiens ou païens, tous les historiens des premiers siècles s'accordent à dire que l'armée de Marc-Aurèle, dévorée par une soif cruelle sur le territoire des Quades, en Tannée 174, ne dut son salut qu'au bienfait d'une pluie miraculeuse*. Maïs, tandis que les chrétiens attribuaient avec raison ce prodige aux prières des soldats de la douzième légion, composée en grande partie de leurs coreligionnaires, les païens en rapportèrent la gloire aux dieux de TOlympe ; et Marc- Aurèle partageait ce sentiment, comme le prouvent la colonne Antonine érigée en mémoire de ce fait et les médailles du temps frappées à la même occasion ^. L'événement que rappelle Tertullien n'a pas pu changer les dispositions de l'empereur à l'égard des chi*étiens: on le voit assez par la pei^é' cution de Vienne et de Lyon, qui éclata trois ans après. 11 y a donc tout lieu de croire que la critique du prêtre de Carthage se trouve en défaut sur ce point. A force de vouloir démontrer que les mauvais princes seuls avaient persécuté le cliiïstiànisméj il a fini par accueillir avec trop de facilité des bruits mal fondés et des pièces douteuses. L'origine de son
1. Dion Cassius, 1. Lxxi, 8; Tliemistius, OraL, xv; Julius Gapitoliuus, in Marc. Aurel.; Claudien; Apollinaire d'Hiérapolis cité par Eusèbe, 1. v^ c. v^ etc.
2. Sur la colonne Antonine, à Rome, on voit un Jupiter pluvieux répandant du haut des airs une pluie mêlée d'éclairs et de foudres qui vont frapper des barbares renversés par terre, tandis que les Romains sont debout avec leurs armes. La même représentation se trouve sur des médailles de l'époque, Eckhel, Numiêmat.^nij 64. Marc-Aurèle lui-même paraît exprimer ce sentiment, lorsqu'à la fin du i" livre de ses Pensées il compte parmi les bienfaits qu'il a renus des dieux ce qui s'est passé chez les Quades.
ii6 L'APOLOGÉTIQUE.
erreur vient probablement de ce qu'il fait honneur à Marc- Aurèle des adoucissements que Commode, fils et successeur de ce prince, apporta au sort des chrétiens*. Tertullien est mieux informé au sujet de Trajan, dont il attaque vivement la réponse à Pline le jeune :
« Trajan répond qu'il ne faut pas rechercher les chrétiens, mais les punir quand ils seront dénoncés. Quelle contradiction dans cet arrêt I II défend de rechercher les chrétiens parce qu'ils sont innocents, et il ordonne de les punir comme coupables. Il épargne et il sévit; il dissimule et il condamne l Pourquoi vous démentir vous-même si grossièrement? Si vous condamnez les chrétiens, pourquoi ne pas les rechercher? Et si vous craignez de les rechercher, pourquoi ne pas les absoudre'?... »
Il n'y avait rien à^répliquer à ce dilemme qui faisait toucher du doigt l'injustice de la procédure dirigée contre les chrétiens. La question légale était épuisée par cette série de raisonnements qui peuvent se résumer en quelques mots. Vos lois sont injustes, donc il faut les changer. Tertullien aurait pu ajouter, comme Gicéron, qu'une loi injuste n'est pas plus une loi que ne le serait un complot de larrons. Vous ne pouvez pas prétexter la nécessité de conserver ce qui existe, puisque vous remaniez sans cesse votre législation. Bien plus, vous avez été les premiers à violer vos propres lois en introduisant une foule de divinités étrangères sans l'approbation du sénat et même contre sa défense formelle; donc, vous n'êtes pas reçus à urger l'exécution des décrets qui nous
1. Voyez dans les Actes du martyre de saint Symphorien Tédit de persécution porté par Marc-Aurèle.