Saétoue, Domit., 13 ; Dion Gassius, lxvi
convaincre, il suffit de lire une facétie de Sénèque sur la mort de Claude. On imaginerait difficilement une satire plus sanglante contre ces nouveaux habitants de l'Olympe. Le philosophe change en citrouille celui que le sénat avait divinisé, et, à la place d'une apothéose, il met une apokolokyntose. Claude monte au ciel le troisième jour des ides d'octobre. On annonce à Jupiter qu'il vient d'arriver un quidam de bonne taille, à la tête blanche, qui murmure on ne sait quelle menace, branle incessamment son chef et traîne la jambe droite. Interrogé de quel pays il était, il a répondu je ne sais quoi avec des sons confus et d'une voix inarticulée: on ne comprenait pas son idiome ; il n*était ni Grec, ni Romain, ni d'aucune nation connue. Alors, Jupiter appelle Hercule qui, s'étant promené dans le monde entier', doit connaître tous les peuples, et il lui ordonne d'aller examiner quelle espèce d'homme c'est. Hercule, à la première vue^ reste naturellement interdit, encore qu'il n'eût pas tremble devant les monstres de Junon. Quand il voit cette face d'un genre nou-» veau, cette démarche insolite, quand il entend cette voix qui n'est celle d'aucun anim ; : terrestre, il croit qu'il va lui tomber sur les bras un treiziv,me travail. Après un examen plus
attentif, il voit enfin quelque chose comme un homme
Suit la délibération des dieux sur l'admission de Claude. Les avis se partagent; et, après quelques plaidoyers en sens divers, la balance penche pour le nouveau venu, quand le dieu Auguste se lève pour faire contre lui un réquisitoire qui le bannit du ciel. Mercure s'empare de l'infortuné Claude pour le mener aux enfers, où le juge Éaque le condamne à jouer aux dés avec un cornet sans fond *? Toute cette narration est
îi Sénèque, Apokolokyn sis
semée de traits burlesques que Sénèque prodigue à plaisir. Assurément, Messieurs, cette bouffonnerie nous montre le peu de cas que l'on faisait de la divinité des empereurs, quand ils n'étaient plus là pour se venger. Sénèque s'en donne à cœur joie sur le compte du César défunt; mais reportons-nous en arrière de quelques années, et voyons un peu quel était le langage d'autrefois. Alors le César vivait, et Sénèque, exilé en Corse, ne trouvait pas d'expression assez pompeuse pour célébrer la divinité de celui qu'il cherchera plus tard à métamorphoser en citrouille. Il faut citer cette étrange palinodie.
« Relève-toi, disait-il à Polybe, l'affranchi de Claude, pour le consoler; et, toutes les fois que des larmes viendront mouiller tes yeux, regarde vers César : tes pleurs se sécheront au radieux aspect de cette puissante divinité. Éblouis de son éclat, tes regards ne pourront se porter sur rien d'autre; César les retiendra fixés sur lui... Que les dieux et les déesses le prêtent longtemps à la terre; qu'il égale les hauts faits du divin Auguste ; qu'il ne s'aperçoive pas qu'il y ait rien de mortel dans sa maison I Que, seuls, nos petitsfils connaissent le jour oii sa grande famille le placera dans le ciel I Fortune, détourne de lui ta main cruelle. Que cet astre, qui vint briller sur un monde plongé dans l'abîme, englouti dans les ténèbres, rayonne d'un étemel éclat! etc., etc.* »
Voilà ce qu'écrivait, du vivant de jDlaude, l'homme qui, après la mort du prince, composera la pièce dont nous venonsde parler. Il est impossible d'unir plus d'insolence à plus de servilité. Le paganisme ne connaissait pas de milieu entré l'esclavage et la révolte : il traînait aux gémonies les princes^