DEUXIEME LEÇON
Origines de l'Église d'Afrique. — Son antiquité ; sa filiation quant à l'Église de Rome. — État florissant du christianisme dans cette partln de l'empire vers la fin du deuxième siècle. — Premières années de Tertullien; son éducation et ses études. — Son traité Sur les ineonvénients du mariage. — Motifs de sa conversion au christianisme. — Sa carrière théologique et littéraire. — Division de ses écrits. — Situation de l'Église en général, et de l'Église d'Afrique en particulier, au moment où Tertullien s'annonce comme apologiste de la religion chrétienne. — Premiers martyrs de l'Église d'Afrique. — Agrippinus, évêque de Carthage. — Voyage et séjour de Tertullien à Rome. — Son élévation au sacerdoce et ses premiers travaux pour la défense de la religion chrétienne.
Messieurs,
Les origines de TÉglise d'Afrique sont enveloppées de ténèbres qu'il est impossible de dissiper entièrement. Tandis que Baronius en attribue la fondation à saint Pierre lui-même, les Grecs la rapportent à l'apôtre saiiut Simon, surnommé le Chananéen dans l'Évangile de saint Matthieu et Zélotès dans celui de saint Luc; mais l'opinion du savant cardinal me paraît tout aussi peu plausible que le sentiment de Nicéphore Calliste et du ménologe de saint Basile. Ces conjectures s'évanouissent devant les preuves contraires qui résultent des écrits de Tertullien et de saint Augustin. Quand l'auteur du Traite des prescriptions énumère les Églises fondées par les apôtres, pour opposer leur témoignage aux hérétiques de son temps, au lieu de comprendre dans sa liste l'Église de Carthage, il
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ajoute : « Êtes-vous près de l'Italie, vous avez là Rome, à l'autorité de laquelle nous aussi nous sommes à portée de recourir *. » Certes, s'il avait admis l'origine apostolique de l'Église de Carthage, il n'eût pas manqué de faire valoir cette prérogative contre les sectaires de l'Afrique. De même, lorsque le donatiste Pétilien affirme que la conversion des Africains à PÉvangile a été tardive, saint Augustin se contente de lui répondre « qu'il est des nations barbares qui ont reçu la foi chrétienne longtemps après l'Afrique, partant que celle-ci n'a pas été la dernière à écouter la parole de Dieu » ^. Si saint Pierre ou saint Simon avait réellement évangélisé cette contrée, nul doute que l'évêque d'Hippone ne se fût empressé d alléguer un fait qui tranchait la question. Il ne me paraît donc pas vraisemblable que l'Église d'Afrique ait été fondée par des disciples immédiats de Jésus-Christ ^.
Cela posé, deux points me semblent assez bien démontrés touchant les origines de TÉglise d'Afrique : d'une part, son antiquité relative, de l'autre, sa filiation quant à l'Église de Rome. Dans cette grande représentation des peuples de la terre que Dieu avait appelés à Jérusalem pour y être témoins de la promulgation solennelle de l'Évangile le jour de la Pentecôte, saint Luc signale des habitants de la Libye. En retournant dans leur pays, ces hommes, encore tout frappés des merveilles de la prédication apostolique, ont dû y répandre la bonne nouvelle. Comment supposer d'ailleurs qu'une pro-