‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 88 sur 211 · ACCORD DE LA RAISON AVEC LA FOI · texte numérisé non relu

ACCORD DE LA RAISON AVEC LA FOI

qui se porte vers Dieu par l'élan naturel de sa pensée, lui paraît plus rapproché de la vérité que le savant qui se perd dans les rêves orgueilleux de son esprit. Si l'apologiste afri' cain interroge l'àme humaine de préférence aux philosophes, c'est que Tàme n'est d'aucun parti, et n'appartient pas plus à une école qu'à une autre ; elle est identique sous tous les climats, et tient à chacun le même langage, pourvu qu'on ne cède pas à l'empire des préjugés ou des passions. Il est impossible d'affirmer plus clairement les forces radicales de la raison; et je doute fort qu'aucun Père de l'Église ait mieux marqué la correspondance naturelle qui existe entre Tintelligence humaine et la vérité. Pour achever de vous faire connaître la pensée de Tertullien sur ce point, vous me permettrez de vous lire la péroraison du discours que nous examinons.

« Si vous avez des doutes sur vos propres monuments, ditil aux païens, ni Dieu ni la nature ne savent mentir. Or, pour croire à la nature et à Dieu, croyez à votre âme : par elle, vous croirez à vous-mêmes... Puisque vous craignez de devenir chrétiens, interrogez-la! Demandez-lui pourquoi elle invoque le vrai Dieu pendant qu'elle en adore un autre? pourquoi elle nomme les démons alors qu'elle maudit les esprits malfaisants? pourquoi elle prend à témoin le ciel et déteste la terre ? pourquoi, esclave ici, elle cherche là une main qui l'affranchisse? pourquoi elle juge les morts? pourquoi elle parle le langage de ces mêmes chrétiens qu'elle ne veut ni voir ni entendre? pourquoi elle nous a transmis ce langage ou Ta reçu de nous? pourquoi elle nous l'a enseigné ou Ta appris elle-même? Sachez-le bien, cette uniformité de prédication, lorsque d'ailleurs notre manière de vivre est si

T. I. il

166 TRAITÉ DU TÉMOIGNAGjE DE L'AME.

différente, cache quelque mystère. Quelle puérilité que d'attribuer ce concert aux langues grecque et romaine, qui sont sœurs, pour nier l'universalité de la nature î Ce n'est pas pour les Latins ni pour les Grecs seuls que l'âme tombe du ciel. L'homme est partout le même, le nom seul varie. Une seule et même âme, une langue différeute ; un seul esprit, des sons divers. Chaque peuple a son idiome particulier, mais la matière du langage est commune à tous. Partout Dieu, et partout la bonté de Dieu ; partout le démon, et partout la malédiction du démon; partout l'invocation du jugement de Dieu, partout la mort, partout la conscience de la mort et partout son témoignage. Bref, toute âme use de son droit pour proclamer des vérités qu'il ne nous est même pas permis de murmurer. C'est donc à juste titre que nous appelons l'âme un complice et un témoin : complice de l'erreur, elle rend témoignage à la vérité. Qu*aura-t-elle à répondre quand elle sera debout devant le tribunal de Dieu au jour du jugement? Tu prêchais Dieu, et tu ne l'as point cherché; tu maudissais les démons, et tu les adorais ; tu en appelais au jugement de Dieu, et tu n'y as point ajouté foi; tu pressen-' tais les supplices de l'enfer, et tu n'as point songé k éviter; tu pensais comme un chrétien, et tu as persécuté 1^ nom chrétien*. »

Pour résumer sous une forme expressive ces argiimenl empruntés au sens intime, TertuUien les avait appelés, dai t'ApologétiquCy les témoignages de rame naturellemej^t chrétienne *. Cette locution hardie rend à merveille la de trine que nous venons d'exposer. Assurément, il serait p^

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