‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 87 sur 211 · ACCORD DE LA RAISON AVKC LA KOL 1(J · texte numérisé non relu

ACCORD DE LA RAISON AVKC LA KOL 1(J

parmi la multitude ces opinions erronées, ou introduit ces locutions vicieuses fortifiées par le temps et par l'habitude. Non tout cela est le jet naturel de la pensée, la traduction du sens populaire, en dehors de toute culture scientifique. L'âme s'exprimait ainsi avant Téclosion des littératures humaines; la parole a précédé les livres, le sentiment est antérieur à rélocution, et l'homme a devancé le philosophe ou le poète*. TertuUien est admirable lorsque, pour mettre en relief ce qu'il y a d'instinctif et de spontané dans ces manifestations de l'àmé, il la dépouille de ce qu'elle a reçu du dehors pour la montrer toute nue dans la richesse de sa simplicité originelle :

« Ces témoignages de l'âme, s'écrie-t-il, sont d'autant plus simples qu'ils sont plus vrais, d'autant plus populaires qu'ils sont plus simples, d'autant plus communs qu'ils sont plus populaires, d'autant plus naturels qu'ils sont plus communs, d'autant plus divins qu'ils sont plus naturels. De tels arguments, j'imagine, ne paraîtront ni puérils ni frivoles, pour peu que l'on réfléchisse à la majesté de la nature, d'où l'âme emprunte son autorité. Plus on attribue à la maîtresse, plus on accorde à 1 élève. La nature donne la leçon, l'âme la répète* Tout ce que la première enseigne, tout ce que la seconde apprend, émane de Dieu, c'est-à-dire du maître de la maî^ tresse elle-même. Qu'est-ce que l'âme peut se flatter de savoir sur cet instituteur souverain ? A toi de l'apprécier, en consultant celle qui est en toi. Interroge celle qui te rend capable dé sentir : tu la trouveras tantôt prophétesse de l'avenir, tantôt riche de pressentiments, toujours pleine de

i. De Testimonio animœ^ n v.

prévoyance. Faut-il s'étonner que, venant de Dieu, elle ait le don de la divination ? Il faudrait s'étonner également qu'elle connût Celui qui l'a formée. Même depuis qu'elle a été circonvenue par son adversaire, elle se souvient toujours de son Créateur, dont elle se rappelle la bonté ainsi que les préceptes ; elle n'a pas oublié sa propre destinée non plus que celle de son ennemi. Quelle merveille, après cela, que cette tille de Dieu chante les mystères dont Dieu a donné la connaissance à ses enfants* ? »

' Certes, Messieurs, vous n'accuserez pas TertuUien d'avoir méconnu la puissance naturelle de la raison. L'iioratne qui attribuait à l'àme la faculté de s'élever jusqu'à Dieu par un mouvement instinctif et spontané, ne mérite pas le reproche d'avoir absorbé la raison dans la foi. A dire vrai, je conçois qu'on puisse être tenté de lui imputer une pareille erreur, lorsqu'on lit ses invectives trop violentes contre les philosophes de l'antiquité, auxquels il prodigue les épithètes les moins flatteuses ^. L'école d'Alexandrie a mieux compris le rôle providentiel qu'avait jouéla science du vieux monde dans la préparation du règne de Dieu ; TertuUien est moins frappé des qualités que des défauts qui distinguent la spéculation hellénique. A la vue du panthéisme qui s'agitait sous diverses formes dans les écoles de la Grèce et de Rome, il se retranche dans le sens commun, il s'attache à cet aliquii inconcussum de l'âme humaine qui défie le doute et se rit de l'attaque; il n'hésite pas à préférer les données de la sagesse vulgaire aux élucubrations des faiseurs de systèmes. L'homme du peuple,

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