De Spectae,, n
bout Targumentation de TertuUien contre les spectacles de son temps.
L'objection banale tirée de ce que Dieu a créé pour l'usage de Phomme tout ce qui constitue une représentation théâtrale ne pouvait provenir que des païens. Après y avoir répondu en quelques mots, le prêtre de Carthage passe aux diflScultés que soulevaient un petit nombre de chrétiens encore peu pénétrés de l'esprit évangélique. Ceux-ci auraient voulu trouver dans l'Écriture sainte quelque texte interdisant le théâtre. Or, il est vrai de dire que les livres saints ne contiennent à cet égard aucune défense spéciale. Comme les jeux scéuiques étaient inconnus parmi les Juifs, on conçoit très bien que l'Ancien Testament n'en fasse pas mention. Le silence des apôtres sur ce point s'explique également par la raison que, s'adressant plus particulièrement aux fidèles sortis du milieu des Juifs, ils n'avaient pas besoin de blâmer en termes formels des pratiques étrangères aux habitudes de l'Orient. Il leur suffisait d'indiquer les principes d'après lesquels le chrétien devait diriger sa conduite en face du monde païen. Pour trouver des textes à l'appui de sa thèse, Tertullien n'aurait pas eu besoin de remonter jusqu'à ce passage du livre des Psaumes : « Heureux l'homme qui n'est pas entré dans l'assemblée des impies, qui ne s'est pas arrêté dans la voie des pécheurs et ne s'est point assis dans la chaire de corruption! » Je n'hésite pas à dire qu'il se livre à une interprétation trop subtile en voulant absolument retrouver dans ce verset la description d'un théâtre, les degrés circulaires qui séparent les chevaliers d'avec le peuple, les sièges d'orchestre destinés aux sénateurs, etc. Il aurait pu citer avec bien plus de justesse et d'à-propos les endroits du Nouveau
Testament qui interdisent en général toute participation aux exercices uniquement propres à irriter la concupiscence*. Le moraliste chrétien est mieux inspiré quand, voulant éloigner les fidèles des spectacles du paganisme, il leur rappelle les obligations contractées au baptême :
« Lorsque, descendus dans l'eau régénératrice, nous avons fait profession de la foi chrétienne, en lui empruntant les paroles prescrites, nous avons déclaré par notre propre bouche que nous renoncions au démon, à ses pompes et à ses anges. Or,o{i le démon, ses pompes et ses anges dominent-ils avec plus d'empire que dans l'idolâtrie? N'est-ce pas d'elle que s'échappe tout esprit immonde et malfaisant? car je ne veux pas m'étendre devantage sur ce point. Si donc je démontre que tout l'appareil du théâtre repose sur l'idolâtrie, la question sera résolue d'avance ; les engagements du baptême impliquent aussi la renonciation aux spectacles que l'idolâtrie consacre au démon, à ses pompes et à ses anges. Nous remonterons donc à l'origine de chaque spectacle en particulier, pour savoir comment ils se sont introduits dans le monde; delà, nous examinerons les titres de quelques-uns et les noms qu'on leur donne; puis viendront la mise en scène et les superstitions qui les accompagnent; les lieux nous montreront enfin à quelles divinités ils sont dédiés; et la nature de leurs représentations, quels ont été leurs fondateurs. Si quelqu'une de ces choses est étrangère aux idoles, alors il nous sera constaté qu'elle n'a rien de commun avec l'idolâtrie ni avec les serments de notre baptême*. »
1. S. Matth., XVIII, 7; S. Paul aux Èphét,^ v, 3 et 4; aux Philip., iv, 8; /'• Ép. de S. Jean, ii, 15.