De IdoloL, i-ix; xi-xiii
que de les fabriquer? Comment soutenir que nous avons répudié, je ne dirai pas ceux avec lesquels, mais desquels nous vivons? Quelle haine pouvons-nous porter à ceux auxquels nous sommes redevables de notre entretien? Peux-tu bien renier de la bouche celui que tu reconnais de la main? détruire par la parole ce que tu édifies par l'action? prêcher un seul Dieu, toi qui en fais une multitude? prêcher un Dieu véritable, toi qui en fabriques d'imaginaires? J'en fabrique, dira quelqu'un, mais je ne les adore pas. Gomme si la raison qui défend de les adorei* ne devait pas interdire également de les faire, puisque des deux côtés même offense envers Dieu. Mais je dis plus: tu les adores véritablement, toi qui rends cette adoration possible : tu les adores, non pas avec la fumée de quelque sacrifice grossier, mais avec le parfum de toi-même. Ce n'est pas la vie d'un animal que tu leur offres, mais la tienne propre que tu leur sacrifies. Tu leur immoles ton génie ; c'est avec tes sueurs que tu leur présentes des libations : ton intelligence, voilà l'encens que tu brûles en leur honneur. Tu es pour eux plus qu'un prêtre , puisqu'ils te doivent d'avoir des prêtres. C'est ton industrie qui les transforme en dieux. Tu n'adores pas, me dis-tu, les divinités que tu fais, mais elles ne te désavouent pas pour leur adorateur, elles à qui tu immoles la plus riche, la plus succulente , la plus grande des victimes, ton propre salut K ))
Si la véritable éloquence pouvait s'allier à la sophistique, j'admirerais l'art avec lequel ce grand maître