‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 108 sur 223 · DeIdoloL,\i · texte numérisé non relu

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sait prêter des couleurs spécieuses à un laisonnemeiit peu solide; mais il est par trop manifeste qu'en assimilant à un culte religieux les professions dont il parle, jusqu'à vouloir les faire passer pour plus criminelles que l'idolâtrie elle-même, TertuUien tombe dans la déclamation. Pour rester dans le vrai, il aurait dû se contenter de faire valoir un autre ordre de considérations qu'il indique d'ailleurs. Tout en ne constituant pas un acte d'apostasie, des industries de ce genre pouvaient fort bien n'être pas sans danger pour des hommes qui sortaient à peine du paganisme, parce qu'elles leur remettaient constamment sous les yeux les images de leurs erreurs passées. De plus, comme saint Paul Ta établi à propos des viandes offertes aux idoles, on est obligé quelquefois par motif de charité à s'interdire certaines choses indillerentesdeleur nature, pour ne pas scandaliser ceux qui sont encore faibles dans la foi. En voyant tel chrétien fabriquer des idoles ou vendre de l'encens destiné au culte païen, les âmes timorées pouvaient en recevoir des impressions fâcheuses. Enfin, suivant la remarque de ïertullien, le champ des arts et de l'industrie n'était pas tellement circonscrit qu'il fallût absolument, pour vivre, travailler à l'entretien des temples et des sanctuaires du polythéisme : rien n'empêchait de choisir d'autres métiers non moins lucratifs. Voilà tout un ensemble de raisons que le prêtre de Garthage aurait pu présenter avec force , sans sortir des limites de la vérité. Il n'aurait même pas excédé la mesure en ajoutant que cette obstination à vouloir rester dans un état sinon illicite, du moins peu convenable pour un chrétien, n'accusait pas une grande fermeté de convictions.

A une époque où il s'agissait avant tout de mettre fin au règne de l'idolâtrie, l'exercice d'une profession qui tirait parti de l'erreur pouvait être envisagé à bon droit comme l'indice d'une foi tiède ou molle. Mais, d'un autre côté, c'était dépasser les bornes de la justice que d'y voir une participation réelle au culte idolâtrique. Tertullien exagère les préceptes de la morale lorsque , pour convaincre du péché d'idolâtrie les artisans chrétiens qu'il combat, il établit le principe suivant, sans faire aucune distinction : « 11 importe peu que le crime se commette par d'autres, du moment que je leur en fournis les moyens. Je ne dois être l'auxiliaire de personne dans ce qui ne m'estpas permis à moi même. Par cela seul qu'il m'est défendu de faire une chose, je dois comprendre qu'il me faut veiller à ce qu'elle ne se fasse point avec mon secours ^ » Le célèbre écrivain confond ici deux choses que la théologie morale a soin de bien distinguer, la coopération matérielle au péché d' autrui et la coopération formelle. Celle-ci influe sur la mauvaise volonté du prochain , soit par un conseil , soit par un encouragement ou tout autre genre de complicité morale, et par conséquent ne saurait jamais être permise. Celle-là se réduit à poser, pour des motifs graves, un acte bon ou indifférent de sa nature, dont le coupable profite pour faire le mal contre l'intention du coopérateur. C'est dans ce dernier cas que se trouvaient les ouvriers chrétiens au sujet desquels Tertullien fulmine ses anathèmes. En gagnant leur vie à faire des figurines , à fabriquer des lames de métal ou des ornements quel-

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