‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 110 sur 223 · De hloloL, \i · texte numérisé non relu

De hloloL, \i

jeure partie des habitants de Garthage vivaient du commerce et de l'industrie : leur interdire toutes les professions dont nous venons de parler, c'était les exposer à manquer des ressources nécessaires. Nous fabriquons des idoles, disaient les artisans, comme nous ferions toute autre chose, parce que tel est notre métier, mais nous ne les adorons pas pour cela. Les païens, reprenaient les commerçants, brûlent devant leurs dieux l'encens ou les parfums que nous leur vendons : est-ce notre faute s'ils font un mauvais usage de nos marchandises? Avant tout il faut vivre , et notre métier est l'unique moyen de pourvoir à la subsistance de nos familles. La réponse de Tertuliien exprime sans contredit toute l'énergie d'une âme profondément chrétienne , mais il faut bien avouer qu'elle est plus héroïque que sensée.

(( Vous dites, s'écrie-t-il, me voilà réduit à la pauvreté! Eh bien, le Seigneur a dit : Heureux les pauvres! — Je n'aurai pas de quoi manger! — Mais il est écrit : « Ne (( vous mettez pas en peine de vos aliments. » Pour le vêtement, nous avons l'exemple des lis. — J'avais besoin d'argent! — Mais a il faut vendre tous ses biens et en « distribuer l'argent aux pauvres. » — Je me dois à mes enfants, à ma famille. — « Quiconque met la main à la « charrue et regarde en arrière n'est pas apte à l'œuvre de « Dieu. » — Je ne suis qu'un ouvrier aux gages de qui me paye. — u Personne ne peut servir deux maîtres à la fois. » Si vous voulez être le disciple du Seigneur, prenez votre croix et suivez le Seigneur, c'est-à-dire supportez la misère, la souffrance, n'y aurait-il que votre corps qui est déjà une espèce de croix. Parents, époux, enfants , il faut

250 TRAITK DE l' I H 0 L A T H I E.

tout quitter pour Dieu. Kli quoi ! vous hésitez à renoncer à votre industrie, à votre trafic, à votre métier, en vue de vos enfants et de vos parents? Mais il nous a été enseigné qu'on doit tout abandonner, familÎB, affaires, profession, pour suivre le Seigneur. Jacques et Jean appelés par le Seigneur quittent leur père et leur barque. Matthieu se lève sur-le-champ de son comptoir. La foi trouvait alors qu'ensevelir son père c'est un retard. En est-il un seul qui ait répondu à l'appel du Seigneur : (( Je n'ai pas de quoi vivre? » La foi ne craint pas la faim : elle n'ignore pas que la faim doit être méprisée pour Dieu, comme tout genre de mort*. »

Il y a certainement de la grandeur dans ce stoïcisme qui s'arme de l'Évangile pour combattre ce qu'il regarde comme une faiblesse coupable ; mais tout cela n'est qu'un magnifique hors-d'œuvre qui ne touche pas même à la question. Nul doute qu'on ne doive être disposé à tout ([uitter pour suivre le Seigneur; mais il s'agissait précisément de savoir si, dans l'espèce, les professions que blâme Tertullien font partie des choses dont Dieu demande le sacrifice. Dans l'ardeur qu'il met à défendre son opinion, le prêtre de Garthage abuse des maximes évangéliques jusqu'à en forcer le sens. En déclarant heureux les pauvres selon l^sprit , le Sauveur voulait parler du détachement des biens terrestres, qui peut se trouver dans la richesse non moins que dans l'indigence. Quand il exhortait les disciples à chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice, il n'entendait nullement par là qu'on ne dut pas

Page 1