De IdoloL, X
LA VIE CHRÉTIENNE AL' MILIEU DU PAGANISME. 2o3
de Tertullien est plus sage que la fougue de son caractère ne donnerait lieu de l'espérer. Apprendre et enseigner, dit-il, sont choses bien différentes. II ne vous est pas permis de professer la littérature païenne, parce que vous propageriez des doctrines dangereuses pour vos auditeurs ; mais rien ne vous empêche de fréquenter les écoles publiques pour vous initier à la connaissance de ces erreurs, contre lesquelles votre foi vous offre une garantie suffisante. Vous vous trouvez par là dans le cas d'un homme qui prend de la main d'un ignorant un poison qu'il se garde bien d'avaler. Si le prêtre de Carthage ne s'était jamais départi de cette ligne de conduite aussi ferme que modérée, nous n'aurions pas à regretter les taches qui ont terni sa mémoire.
Déjà, Messieurs, vous pouvez vous faire une idée exacte du genre de questions qui naissaient des rapports nécessaires ou accidentels de l'Église avec la société païenne. Parmi ces cas de conscience il s'en trouvait de fort délicats, qui étaient susceptibles de recevoir des solutions différentes, selon qu'on inclinait davantage vers l'indulgence ou vers la sévérité. A la distance où nous sommes des événements , il serait quelquefois téméraire de vouloir décider de quel côté se trouvait l'exacte mesure des choses. Aussi n'est-ce qu'avec une extrême réserve que l'on doit procéder dans l'appréciation des controverses morales du ii^ et du iii^ siècle. Tel acte qui nous semble parfaitement licite, pouvait avoir avec le polythéisme une relation qui nous échappe et qui le faisait réprouver comme entaché d'idolâtrie. Quoi de plus innocent, par exemple, que d'illuminer les maisons à la fête du sou-
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verain, et d'orner à cette occasion les portes de guirlandes de laurier? Mais comme, dans l'esprit des païens, ces démonstrations extérieures prenaient le caractère d'un culte religieux, n'était-ce pas de la part des clirétiens rendre un hommage tacite à la divinité de César? TertuUien n'hésite pas à trancher la question dans ce sens ; il avoue toutefois que beaucoup de fidèles ne se faisaient pas scrupule d'accomplir un acte qu'ils regardaient comme un honneur purement civil. « Laissez, s'écrie-t-il d'un ton ironique, laissez à ceux qui n'ont pas la lumière, le soin d'allumer tous les jours des lanternes ! Laissez à ceux qui sont menacés d'un feu vengeur, le privilège d'attacher à leurs portes des branches de laurier destinées à brûler plus tard ^ » De même, il y avait dans l'année certains jours fixés pour les payements, où les uns recevaient les honoraires de leur charge, tandis que d'autres réglaient leurs comptes avec leurs débiteurs. La coutume avait également introduit des époques déterminées où l'on échangeait des présents, où l'on donnait et recevait des étrennes, etc. Assurément, ces divers usages n'avaient rien de répréhensible en soi. Toutefois, en remontant à leur origine, il n'était pas difficile d'y retrouver quelque superstition, un souvenir de Saturne, de Janus, ou de telle autre divinité païenne. Dès lors n'était-ce pas frayer avec le polythéisme que de suivre ces traditions? TertuUien, toujours porté vers les opinions sévères, se prononce hautement contre toute participation à de tels usages-. A coup sur, voilà une exagération manifeste.