De Idolol., w-xxiii
'2b>^ TI'.AITF^ DE l'IDOLATIUK.
pieds les pompes du siècle ; mais ou ne saurait se le dissimuler, cette tirade, toute belle qu'elle est, reste étrangère à la question, et brille moins par la sûreté de la doctrine que par l'éclat et la vivacité du mouvement.
« Le Seigneur a marché dans l'humilité et dans l'ignominie, sans demeure certaine : « le Fils de l'Homme, disait-il, n'a pas où reposer sa tète. » Il n'avait que des vêtements grossiers; autrement il n'aurait pas dit: « Ceux qui sont vêtus délicatement habitent le palais des rois. )> Enfin il était (( sans gloire , quant au visage et à l'extérieur, » comme Isaïe l'avait annoncé d'avance. S'il n'a jamais exercé aucun pouvoir, même sur ses disciples, auxquels il rendit les services les plus humbles ; si, ayant pleine conscience de sa royauté, il refusa d'être roi, c'était pour montrer aux siens comment il faut envisager l'élévation et le faste de la dignité ou du pouvoir. A qui, je le demande, ces choses eussentelles mieux convenu qu'au Fils de Dieu? Que de faisceaux auraient marché devant lui ! quelle pourpre aurait flotté slir ses épaules î quel diadème aurait brillé sur sa tête, s'il n'avait jugé que la gloire du siècle est chose étrangère à lui et à ses disciples ! Donc, ce qu'il n'a pas voulu, il l'a rejeté ; ce qu'il a rejeté, il l'a condamné ; ce qu'il a condamné, il l'a relégué parmi les pompes de Satan. Il n'aurait pas condamné ces frivolités, si elles ne lui étaient pas étrangères; or, ce qui n'est pas à Dieu ne saurait appartenir qu'au démon. Vous donc, qui avez renoncé aux pompes de Satan , sachez bien que revenir à quelqu'une d'elles, c'est de l'idolâtrie. Que ce simple avertissement vous suffise : toutes les puissances et les
dignités de la terre sont non -seulement étrangères à Dieu, mais ses ennemies, car c'est par elles que des supplices sont décrétés contre les serviteurs de Dieu , par elles que des châtiments destinés aux impies sont infligés aux fidèles ^ »
Si tous les chrétiens avaient tenu un pareil langage, le paganisme eût été en droit de regarder la doctrine évangélique comme antisociale. Déjà, Messieurs, vous devez comprendre que l'Église ne pouvait pas suivre Tertullien sur le terrain où il s'engageait. De tels principes auraient creusé un abîme entre elle et la société humaine. Quand le prêtre de Garthage veut arguer de l'exemple du Christ pour ranger parmi les pompes de Satan les pouvoirs et les dignités de la terre avec l'éclat naturel qui les accompagne, il met son éloquence au service du sophisme. Ce n'est pas la domination par elle-même qui mérite l'anathème, mais l'abus qu'on en fait pour satisfaire l'orgueil et les passions. Si le Sauveur a dédaigné les grandeurs humaines, c'est, comme dit Pascal, u qu'il lui eût été inutile, pour éclater dans son règne de sainteté, de venir en roi ; )> mais il ne les a pas réprouvées pour cela : il s'est contenté de signaler l'écueil en montrant de quel esprit elles doivent se pénétrer. A force de vouloir appliquer partout la lettre simple et nue de l'Évangile, Tertullien oublie que la chose essentielle est de revêtir l'esprit de Jésus-Christ. Or, l'esprit de Jésus- Christ, c'est-à-dire l'esprit de détachement et d'humilité, peut se trouver sur un trône comme dans une chau-
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iiiière, sous la pourpre aussi bien ({ue sous les liailious. L'erreur de Tertullien provient de ce qu'il ne peut pas se faire à l'idée d'un Etat chrétien : ayant devant les yeux un pouvoir persécuteur, et croyant la fin du monde proche, il s'imagine que l'idée de la souveraineté politique et de tout ce qui en découle est incompatil)le avec la notion du christianisme. N'avait-il pas dit dans Y Apologétique que les césars ne peuvent être césars et chrétiens tout ensemble ^? 11 est clair qu'en partant de ce principe, il devait arriver aux conséquences où nous l'avons vu aboutir; mais l'avenir allait se charger de démontrer la possibilité d'un État chrétien gouverné par des princes et des magistrats chrétiens. Quoiqu'il en soit, l'excuse de Tertullien se trouve dans les conditions mêmes de la société païenne, qui ne lui permettaient pas d'envisager sous leur véritable jour les pouvoirs et les fonctions politiques. 11 voit l'idolâtrie partout, au sommet de l'échelle comme à la base, et sur les degrés intermédiaires ; par suite il la combat en quelque lieu qu'il la rencontre, au risque d'envelopper quelquefois dans sa condamnation des choses licites en soi, mais entachées de ce vice capital. Cette sollicitude, honorable malgré ses excès, se révèle dans la péroraison de l'ouvrage que nous venons de parcourir :
« Au milieu de ces écueils et de ces golfes, de ces gués et de ces détroits de l'idolâtrie, la foi navigue en déployant ses voiles au souffle de l'esprit de Dieu, toujours sûre si elle se tient en garde, pleine de sécurité si elle reste attentive. Quiconque se laisse renverser est entraîné par le