De Fuga in persecutione, vi-ix
olG LE MONTANISME.
VOUS aurez du moins lutté contre les supplices. J'aime mieux pouvoir vous plaindre que d'avoir à rougir de vous. Un soldat perdu sur le champ de bataille est plus beau qu' un soldat sauvé par la fuite. Tu trembles devant un homme, ô chrétien, toi que les anges doivent craindre, puisque « tu (( jugeras les anges ; » toi que les démons doivent craindre, puisque tu as reçu puissance sur eux ; toi que l'univers entier doit craindre , puisque c'est en toi que le monde sera jugé. Tu as revêtu le Christ , le jour où tu as été baptisé dans le Christ. En fuyant devant le démon, tu déshonores le Christ qui est en toi ; tu te rends au démon comme un transfuge... Ah! qu'il est meilleur serviteur de Dieu, celui qui dit dans son cœur : Il est le Seigneur, le Tout-Puissant : tout l'univers est à lui; en quelque lieu que je me trouve, n'importe, je suis sous sa main. Que sa volonté s'accomplisse, je ne me retire point : s'il veut que je périsse, qu'il me perde lui-même, pourvu que je me sauve pour lui ! J'aime mieux rejeter sur lui la responsabilité de ma mort, en périssant par sa volonté, que d'exciter sa colère, en échappant par la mienne ^ » Assurément , je le répète , ce mépris stoïque de la mort, relevé par la supériorité des motifs qu'inspire la foi, révèle une grande âme. Tertullien possède au suprême degré le sens et le culte de l'héroïsme. C'est la mâle énergie de Thraséas ou d'Épictète transfigurée par l'idée chrétienne du sacrifice. Mais n'est-ce pas excéder les bornes d'une juste appréciation que de préférer la défaite du chrétien qui renie la foi sous la pression des