Ibid., « In ventum, et si placuerit, cliristiani
traits qui caractérisent davantage le prêtre africain, c'est son penchant pour la satire. Prompt à saisir le côté ridicule de ses adversaires, il épuise contre eux toutes les ressources d'un esprit incisif et caustique. Les traits pieuvent de cette main habile à lancer l'ironie et le sarcasme. Cette habitude de tourner en dérision les personnages qu'il veut peindre , deviendrait même fastidieuse dans les écrits de Tertullien, si la richesse de son imagination ne lui permettait de varier à l'infmi son ton et ses couleurs. Ainsi, rien de plus vif, de plus saisissant, de plus dramatique que le début de l'ouvrage dont le titre va s'expliquer de lui-même ;
(( La terre engendre des scorpions, animal terrible sous un faible volume. Autant de genres, autant de poisons; autant d'espèces, autant de fléaux; autant de couleurs, autant de douleurs, dont Nicandre a été l'historien et le peintre. Cependant le trait qui leur est commun, c'est de nuire par la queue. J'appelle queue ce prolongement de la partie inférieure avec lequel ils blessent. De là cette série de nœuds où s'enlace une petite veine empoisonnée et qui se relèvent avec la violence d'un arc pour décocher à la manière d'une baliste un dard recourbé. Aussi donne-t-on le nom de scorpion à une machine de guerre qui lance le trait après l'avoir comprimé. Ce dard, affilé à son extrémité afin de blesser plus sûrement, sert de canal pour répandre le poison dans la plaie. L'été surtout est la saison du péril. La cruauté de l'animal se déploie au souffle de l'Auster et de l'Africus. Quant aux remèdes, la nature nous en fournit plusieurs : la magie a ses ligaments, la méde-
cine se présente avec le fer et des breuvages.... Mais où tend ce discours? A rappeler à la foi qu'elle aussi a ses scorpions dont elle souffre : race médiocre à la vérité , mais cruelle, divisée en plusieurs espèces, armée d'un même aiguillon et ne manquant jamais de choisir pour ses attaques la chaude saison, c'est-à-dire la persécution des chrétiens. Lors donc que la foi est haletante, que l'Église, semblable au buisson ardent, est enveloppée de flammes , aussitôt gnostiques de s'élancer de leurs répandes, valentiniens de ramper sur le sol, tous les détracteurs du martyre de s'agiter, de faire bouillonner leurs poisons, ne désirant qu'une chose, rencontrer quelque victime, la percer, la mettre à mort.... Mais toi, pour peu que ta foi veille, écrase de tes anathèmes le scorpion blasphémateur, et laisse-le mourir dans son sommeil. Prends-y garde ! s'il inonde la blessure de son poison , le venin ne tardera point à pénétrer jusqu'au fond des entrailles et à circuler dans tout le corps. Qu'arrive-t-il aussitôt? Tous les sentiments généreux d'autrefois s'engourdissent, le sang de l'âme se glace , l'esprit s'éteint sous le poids de la chair; on prend en dégoût le nom chrétien; déjà l'âme elle-même cherche où vomir. Et c'est ainsi que la foi, une fois blessée, languit peu à peu pour se perdre dans l'hérésie ou s'éteindre au milieu du siècle ^ »
Ce tableau est fait de main de maître. Il est impossible de rendre sous une forme plus originale et plus piquante le caractère de l'hérésie et la marche qu'elle suit pour corrompre les âmes. Le scorpion, avec sa queue ar-